CATHERINE KURZAWA

Le Brexit, il y a de quoi déprimer rien qu’en y pensant. Non seulement personne ne s’attendait à ce que le «leave» l’emporte le 23 juin 2016 mais en plus, le départ du Royaume-Uni de l’UE a coûté leur poste de Premier ministre à David Cameron et Theresa May. Ajoutez à cela une sortie planifiée le 29 mars 2019 qui est maintenant reportée - théoriquement - au 31 octobre prochain mais pour laquelle la contestation enfle vu le tour de passe-passe législatif du nouvel hôte du 10 Downing Street, Boris Johnson. Bref, ce remix en version (ultra) longue du hit des Clash «Should I stay or should I go» commence sérieusement à irriter de nombreux sujets de sa Gracieuse Majesté. Hasard ou coïncidence, les «bonnes» nouvelles s’enchaînent ces derniers jours. Hier, le Trésor britannique a annoncé qu’en cas de Brexit sans accord, les passagers qui voyageront du Royaume-Uni à l’UE bénéficieront du duty-free. Bières, spiritueux, vins et tabacs seront vendus sans les taxes d’application outre-Manche.

Cela représente environ 2,5 euros de remise sur une bouteille de vin achetée dans un aéroport britannique. A la bonne heure! Vous en voulez encore? Les pubs Wetherspoon ont annoncé la semaine dernière une réduction de 20 pence (22 centimes d’euro) de leur pinte d’ale Ruddles, pour démontrer les effets positifs de la sortie du Royaume-Uni hors de l’UE. Pour la petite histoire, le patron de cette chaîne de 900 pubs est Tim Martin, un chef d’entreprise qui affiche clairement son rejet de l’UE et de l’establishment bruxellois. Nous voilà donc de retour dans l’antiquité, cette ère où l’on donnait du pain et des jeux à la population pour la flatter et attirer sa bienveillance. Boire, cela permet aussi d’oublier. Oublier par exemple les 7% d’exportations britanniques vers l’UE qui ne pourront plus se faire, faute d’accord commercial. Oublier aussi les pénuries d’aliments, de carburants voire de médicaments qui menacent la population. Oublier également le retour des frais d’itinérance (roaming) pour les communications de téléphonie mobile, de même que les frontières paralysées aux quatre coins du pays. L’appartenance à l’Union européenne, c’est avant tout une relation. Lorsque l’on souhaite sa fin, c’est parce qu’on n’y voit plus que les mauvais côtés. Ce sont eux qui nous poussent à dire stop. Mais une fois que la distance est prise et qu’on a des nouveaux référentiels, on ne peut s’empêcher de penser à ce qu’on avait de l’autre côté, ce à quoi on a finalement dit non. Certes, le Royaume-Uni a toujours fait bande à part dans l’UE avec sa propre devise, son propre système métrique, ses règles de conduite à gauche et la possibilité de vivre là-bas sans carte d’identité. Mais force est de constater que malgré ce fossé, ce pays était bien plus intégré dans l’UE que le laissent penser les militants du Brexit. Ils vous diront que le pays ne s’est jamais aussi bien porté que depuis que le Brexit a été décidé: son taux de chômage a atteint en juillet son plus bas depuis 45 ans à 3,8% tandis que le PIB s’est hissé de 0,3% durant le même mois, à la surprise des économistes. Je leur conseille de ne pas sabrer le champagne trop vite et cela, même s’il est hors taxes: en partant d’aussi haut, la chute ne peut être que brutale.