LUXEMBURG
CLAUDE KARGER

Comment investir en 2015: les recommandations du CIO de la BIL

Dans un monde incertain, comment trouver les meilleures valeurs pour un portefeuille solide? Yves Kuhn, Chief Investment Officier de la BIL, a fait un grand tour de la question mercredi soir devant un parterre bien fourni d‘investisseurs avertis. En brossant d‘abord un grand tableau des anticipations macro-économiques. Kuhn estime que les économies développées vont tirer la croissance mondiale cette année, qui devrait s‘accélérer de à 3,5% contre 3,3% l‘an dernier, une progression autour de la moyenne historique sur les vingt dernières années. Les moteurs de la croissance: à côté de la Chine (qui devrait signer avec +6,8% une performance assez faible comparée à la moyenne des années antérieures) et de l‘Inde (+6,3%), figurent les Etats-Unis avec une croissance attendue de 3,6% contre 2,4% en 2014. Alors que la Russie dévisse (-3%) et le Brésil stagne (+0,3%), la zone euro reste à la traîne avec une progression attendue de 1,2% contre 0,8% l‘année dernière.

Pléthore d‘incertitudes

Le CIO de la BIL est toutefois optimiste pour la zone euro qui devrait voir renforcée la compétitivité de ses entreprises avec le recul de l‘euro. Par ailleurs, le taux d‘intérêt historiquement bas de la BCE et l‘effondrement du prix du pétrole devrait profiter aux consommateurs et à l‘activité manufacturière. Positif aussi: des politiques monétaires qui devraient rester accomodantes, injectant d‘énormes liquidités dans les marchés financiers. oilà pour le tableau des pronostics. Evidemment, un nombre de risques pèse sur ce scénario globalement positif. Celui, imprévisible des répercussions des conflits qui ravagent en ce moment par exemple l‘Ukraine, l‘Irak ou encore la Libye. Celui de l‘échec des politiques de relance de l‘économie européenne ou encore d‘une sortie de la Grèce - et éventuellement d‘autres pays membres - de la zone euro. Yves Kuhn se montre cependant convaincu que l‘on trouvera des solutions pour le maintien de la Grèce dans le giron de la monnaie unique.

Il y aussi un risque d‘un atterrissage brutal de la Chine au vu des indicateurs médiocres, notamment concernant les prix immobiliers. A noter que des développements plus positifs qu‘attendus peuvent aussi entraîner des risques: si l‘économie américaine fait mieux qu‘attendu et que la Fed remonte les taux, Yves Kuhn s‘attend à un courant vendeur désordonné des bons du Trésor américain.

L‘appréciation du dollar américain ne fait que commencer

L‘analyse globale aboutit aux cinq convictions suivantes de la BIL à propos des marchés: l‘appréciation du dollar américain ne fait que commencer; les valeurs américaines sont proches de leurs sommets - 25% au-dessus de leur pic de bénéfices de 2007 - alors que les valeurs européennes et japonaises présentent encore un large potentiel de hausse. Si ces dernières sont proches de leurs plus bas historiques, les valeurs européennes sont de 35% en-dessous de leurs pics d‘avant-crise.

Kuhn est par ailleurs convaincu que le crédit européen surperformera le crédit américain en monnaie locale, que la marge de progression des actions sur les marchés émergents est limitée et que la volatilité accrue des changes et matières premières se propagera à d‘autres classes d‘actifs. «Il y a une sacrée volatilité dans les marchés», constate Yves Kuhn qui recommande la diversification des valeurs. Mais sur lesquelles miser? A regarder la grille d‘allocation d‘actifs de la BIL, elle affiche une opinion mitigée sur les obligations alors que les emprunts souverains sont chers et les «spreads» faibles. Quant aux actions, elles conservent aux yeux d‘Yves Kuhn une modeste marge de progression, malgré de nombreuses sources d‘inquiétudes. Ainsi, les liquidités injectées par la BCE soutiendront les actions européennes. La BIL continue à privilégier les secteurs cycliques comme la finance et l‘automobile. Quant aux marges des sociétés américaines, elles sont au plus haut, mais la prudence serait de mise vu l‘impact du dollar fort et de la hausse attendue des taux américains. Les attentes sont positives à l‘égard des actions japonaises. Si la croissance économique du pays demeure faible, le marché japonais est toutde même inondé de liqudités. Intéressantes aussi: les sociétés immobilières cotées en en Europe et aux Etats-Unis.

Elles offrent des rendements élevés. Or, la hausse attendue des taux US incite à une plus grande prudence à l‘égard de l‘immobilier côté américain. Prudence aussi pour les investissements dans les matières premières, l‘euro et la livre sterling.

La monnaie britannique pourrait pâtir de l‘insécurité sur l‘avenir du Royaume-Uni dans l‘Union Européenne si le parti conservateur remporte effectivement les élections législatives cette année et lance un référendum sur le maintien du pays dans l‘UE.