LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le professeur Bo Ji était de passage hier au Luxembourg, l’occasion de parler finance verte

Vous êtes petit mais vous avez un tas de talents». Voilà les premières impressions du professeur Bo Ji au sujet du Luxembourg. Si ses destinations de prédilections en Europe sont plutôt Paris et Londres, ce «serial entrepreneur» chinois devenu assistant doyen de l’école de commerce «Cheung Kong Graduate School of Business» a répondu à l’invitation de la chambre de commerce sino-luxembourgeoise ChinaLux pour parler de la finance verte mercredi.

«Ce n’est pas dans l’intention de la Chine de développer son économie sans l’environnement, c’est que cela nécessite un peu de temps», a expliqué celui qui est aussi TEDx speaker. L’empire du Milieu s’est d’ailleurs doté d’un plan à cinq ans destiné à renforcer son efficience énergétique, implémenter ses efforts de protection de l’environnement et réduire l’écart entre riches et pauvres.

Outre ce plan - le 13ème du nom - Pékin a initié le groupe d’étude du G20 dédié à la finance verte.

Pollution et prospérité économique

«L’environnement a pris la priorité sur la croissance en Chine», assure l’orateur qui admet toutefois quelques retards çà et là. En matière de tri et de collecte des déchets par exemple, où les pays occidentaux sont en avance. «La Chine a besoin d’apprendre d’eux», admet Bo Ji. Si la Chine s’est déjà distinguée en matière de transfert de technologies, le pays a vécu une autre forme de transfert: celui de la pollution.

En devenant l’usine du monde, la Chine a certes fait décoller sa croissance mais son air s’est chargé de particules. «Il y a un conflit entre économie et environnement», souligne le professeur non sans rappeler le smog londonien des années 50 ou la pollution massive du Rhin à la fin du siècle passé.

Au début du 19ème siècle, «la Chine était la plus grande économie du monde avec 33% du PIB global», a-t-il insisté avant d’embrayer sur les prévisions. «En 2024, la Chine sera à nouveau la plus grande économie mondiale». Un changement auquel le pays se prépare avec un aspect qui lui est propre: la démesure. 250 fonds d’investissement verts lancés en quelques années, des investissements en énergies propres 2,5 fois supérieurs à ceux consentis par l’UE et une première place mondiale en matière d’émetteur d’obligations vertes.

Et qui dit grand pays dit grand marché: la Chine est actuellement le pays le plus équipé en voitures électriques, devant les Etats-Unis. Les prévisions tablent sur un parc dix fois plus grand entre 2015 et 2020. «Les consommateurs chinois sont vraiment innovateurs», pointe Bo Ji au sujet de leur appétit pour les nouveautés technologiques.

La finance verte ne sera plus une niche

Combiné des investissements dans les énergies éolienne et solaire avec un doublement des capacités pour la première et un triplement pour la seconde, Pékin entend se positionner dans la course au vert et cela, pas seulement dans les produits financiers.

D’ailleurs, le pays ambitionne de réduire de 20% sa production de charbon dans les trois prochaines années, ce qui signifie la fermeture de 4.300 mines et la fin d’un million d’emplois. Un pari audacieux mais qui reflète, selon le conférencier, la «détermination» de Pékin.

«A l’avenir, la finance verte ne sera plus une niche mais sera la finance dans son ensemble», assure Bo Ji.