LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

570 postes sont menacés chez ArcelorMittal Luxembourg

Coup dur pour le secteur de la sidérurgie. La direction d’ArcelorMittal Luxembourg a annoncé jeudi dans un communiqué la suppression de 570 postes dans le pays pour faire face à la crise de l’acier que rencontre le groupe depuis plusieurs mois, accentué par la baisse de la demande due à la crise du COVID-19. La direction a ainsi rencontré le Conseil d’administration d’ArcelorMittal Luxembourg jeudi et c’est au cours de la réunion que les conditions de marché extrêmement difficiles auxquelles ArcelorMittal Luxembourg est confrontée ont été abordées, indique le communiqué. 

L’impact de la pandémie n’a épargné aucun secteur économique. L’industrie sidérurgique était déjà confrontée à des conditions de marché difficiles avant la pandémie en raison de divers facteurs (importations d’acier en Europe, absence de protection efficace du marché européen contre ces importations, réduction des opportunités sur certains marchés d’exportation, augmentation des prix des matières premières, coût du système d’échange de quotas d’émission supporté uniquement par les producteurs d’acier européens), précise ArcelorMittal.  

La sidérurgie a été encore davantage impactée

Avec la pandémie de coronavirus, la sidérurgie a été encore davantage impactée par la baisse significative de l’activité de ses clients. C’est particulièrement le cas dans les deux secteurs les plus grands consommateurs d’acier, l’industrie automobile et la construction. La production automobile en Europe s’est effondrée de 53% au deuxième trimestre, et une baisse sans précédent de 26% de la production automobile européenne est attendue pour l’ensemble de l’année. Les chantiers de construction et les nouveaux projets ont également été brusquement suspendus. Toujours au deuxième trimestre, l’activité dans le secteur de la construction a chuté de 15% dans la zone euro par rapport à la même période en 2019, avec peu de signes de reprise du secteur de la construction.

«Ces impacts structurels représentent une menace sérieuse pour les activités industrielles et administratives d’ArcelorMittal au Luxembourg», indique le groupe. Pour faire face à la crise, ce sont ainsi 570 emplois d’ArcelorMittal au Luxembourg qui seront concernés, sur différents sites industriels et administratifs d’ArcelorMittal dans le pays.  

«Afin d’assurer l’avenir à long terme de notre organisation, nous sommes arrivés à la conclusion que nous devons prendre de nouvelles mesures d’économie. Différents segments seront concernés à des degrés divers et nous allons examiner et discuter en détail de cette question lors des sessions de consultation prévues avec nos partenaires sociaux», a précisé Roland Bastian, Directeur Général d’ArcelorMittal Luxembourg. Le syndicat OGBL n’a pas tardé à réagir, lui aussi par communiqué, pour dénoncer une coupe de quasi 15% des effectifs: «l’OGBL exige que tous les instruments à disposition (préretraites, chômage partiel, formations, reclassement, etc.) soient considérés avant que des licenciements ne soient envisagés». Déjà prêt au bras de fer, le syndicat pose déjà ses jalons pour les négociations à venir. Ainsi, pour l’OGBL, cet accord doit obligatoirement inclure: les mesures d’accompagnement social bien connues (CDR, divers modèles de préretraite), la formation professionnelle continue qui doit également prendre une place primordiale dans l’accord ainsi que le détail chiffré quant aux investissements visant à améliorer les outils. L’OGBL en appelle à la mise en place d’un nouvel accord de type «tripartite» afin «de faire face à toutes les éventualités liées à ce plan de restructuration», et d’en faire appel aux bienfaits du dialogue social luxembourgeois. Au-delà de cette annonce, l’objectif n’est pas seulement pour l’OGBL d’éviter à tout prix un plan social, mais également «de garantir l’avenir de l’entreprise au Luxembourg». Le LCGB a revendiqué quant à lui une Tripartite sidérurgique. Le ministre de l’Economie Franz Fayot a également réagi jeudi, en comptant sur le groupe industriel pour rester dans les clous: «Considérant qu’ArcelorMittal est un acteur prépondérant dans l’histoire sidérurgique du pays et qui a bénéficié pendant de longues années du soutien gouvernemental pour rester compétitif, je tiens à ce que l’entreprise prenne ses responsabilités en appliquant l’esprit du modèle social luxembourgeois. Nous attendons du sidérurgiste un engagement fort et des gages de pérennité en faveur de ses sites luxembourgeois».