LUXEMBOURG
THIBAUT DEMEYER

Avec « Rocketman », Elton John et son double Taron Egerton, sont en route pour le succès

Six mois après la folle aventure de «Bohemian Rhapsody», pour lequel Dexter Fletcher avait endossé à la fois le rôle de producteur délégué, monteur et réalisateur pour les deux semaines restantes du tournage, le voici embarqué dans un autre biopic. Il s’agit de celui de Reginald Dwight, mieux connu sous le nom d’Elton John. «Rocketman», c’est le titre, a fait les beaux jours au dernier Festival de Cannes où il a été présenté, à regret, hors compétition.

Quoi de plus délicat que de raconter l’histoire d’un personnage célèbre, quel que soit son milieu, encore vivant? De mémoire de cinéphiles, c’est la première fois qu’une pop star vivante et en pleine gloire accepte que, non seulement on raconte une partie de sa vie, mais qu’en plus, on se focalise sur ses bons et mauvais côtés. Ne parler que de sa période noire où ses compagnons de route s’appelaient boulimie, addictions prénommées cocaïne, bourbon et sexe, il fallait oser le faire. Tout comme il fallait oser parler de sa calvitie, de son mariage blanc avec Renate Blauel, de ses colères et de ses amours tumultueuses avec son manager. C’est évident, le chanteur anglais anobli par la Reine a joué carte sur table par honnêteté envers ses fans, mais aussi probablement pour son bien, lui qui a, dès 1976, ouvertement annoncé son homosexualité alors que l’on sait à quel point les Anglais sont pointilleux à ce sujet. Nous ne sommes dès lors pas très étonnés de l’angle utilisé par Dexter Fletcher dans ce biopic.

Portrait psychologique pudique

La scène d’ouverture donne le ton. Une salle au milieu de laquelle sont assis en cercle une poignée d’hommes et de femmes. Ces personnes sont venues parler de leurs addictions. Soudain, une porte donnant sur un long couloir s’ouvre. Un homme, habillé dans une tenue des plus extravagantes arrive tambour battant. Il prend place et commence à s’exprimer sur son enfance malheureuse (une mère volage, interprétée par Brice Dallas Howard ; un père absent, une famille sans amour) certainement responsable de ses travers. S’en suit alors une scène de chants et de danses à la manière d’une comédie musicale. La mise en scène et la réalisation éblouissent. On comprend vite que Dexter Fletcher va nous emmener au plus profond des sentiments du chanteur sur base des chansons interprétées par Elton John durant cette période avant qu’il ne décroche ses galons de star internationale. Une façon de faire qui sera différente de celle de «Bohemian Rapsody» même si, par moment, nous découvrirons le procédé de création de certains tubes.

En revanche, nous aurons droit à une approche psychologique pudique et intéressante du personnage afin de mieux le comprendre telle que l’origine de toutes ces extravagances auxquelles nous sommes maintenant habitués depuis de nombreuses années. C’est que Elton John s’est battu pendant deux décennies contres ses fantômes, contre le manque d’amour de son entourage, d’une mère qui, publiquement, avait déclaré que sa plus grande erreur était d’avoir fait un enfant, d’un père qui jugeait inutile d’aller voir son fils en concert et qui plus est de le serrer dans ses bras. On ressort de la projection bouleversé de voir à quel point l’interprète de «I’m still standing» a souffert durant tant et tant d’années. D’ailleurs, le clip de ce succès, tourné sur la Croisette en 1983, signe la fin de ce biopic et du même coup sur les résolutions que le chanteur affirme avoir tenues.

Taron Egerton force l’admiration

On peut presque dire qu’Elton John, face à la solitude dont il est victime malgré lui, s’est fait tout seul. Son talent inné l’a placé devant un piano et, sans grands efforts, il s’est mis à composer sur tous les textes proposés par son complice et ami John Reid avec lequel il continue à travailler, enchaînant succès sur succès au rythme de ses déboires amoureux. Il n’y a pas à dire, qu’on l’aime ou pas, Sir Elton John force l’admiration.

Avec «Rocketman», une autre personne force l’admiration à plus d’un titre. D’abord par le fait d’avoir eu le courage d’incarner Elton John à l’écran mais aussi par sa qualité d’interprétation, qui vaut largement celle de Rami Malek (l’interprète de Freddie Mercury dans «Bohemian Rapsody») car en plus il chante! Nous parlons bien entendu de Taron Egerton que nous avons pu voir auparavant dans «Kingsman: service secret» et «Kingsman: le cercle d’or». La prestation est d’autant plus épatante que Taron Egerton n’a pas subi de maquillage à outrance pour ressembler au mieux à son modèle et dès lors séduire plus facilement le public. Par moment, on oublie la personne qu’il incarne pour ne voir qu’une prestation de haut vol. On pourrait même s’imaginer voir Taron Egerton sur la scène du Théâtre Dolby de Los Angeles pour recevoir l’Oscar du meilleur acteur.

Quant à Dexter Fletcher, il est en train de s’imposer à Hollywood en tant que réalisateur de biopic sachant doser les rythmes de mise en scène en fonction du sujet. Si dans «Bohemian Rapsody» on se souviendra de la reconstitution du concert de Wembley, avec «Rocketman» on gardera surtout sa mise en scène des concerts.

«Rocketman» ne révolutionne pas nécessairement le genre mais il possède une véritable personnalité tant par sa réalisation que par sa qualité d’interprétation et son honnêteté à vouloir montrer qui est réellement Elton John. C’est certain, à partir d’aujourd’hui, nous ne l’écouterons plus de la même manière.