La présidentielle française de dimanche fut un moment fort de la politique française bien sûr, mais également pour l’Union Européenne. Que faut-il en retenir? Le politologue Philippe Poirier nous livre son analyse. Il est notamment titulaire de la Chaire de recherche en études parlementaires de la Chambre des Députés du Luxembourg et „Head of Research Group for European Governance“- Action Jean Monnet 2017-2020, Directeur de la collection Etudes parlementaires- Editions Larcier, professeur associé en sciences politiques au Collège des Bernardins & à l’Université de Paris Sorbonne (Celsa) et professeur invité à l’Institut européen.
«La première chose à retenir, c’est qu’Emmanuel Macron a réussi indubitablement une performance sans égale dans l’histoire de la politique française. Dans l’un des systèmes d‘élection du chef de l’Etat les plus compliqués en Europe, ce jeune candidat qui n‘était jamais jusqu’ici dans une fonction élective a réussi à vaincre à partir d’un mouvement né il y a un an et demi et sans beaucoup de relais sur le terrain. Ensuite, il a réussi à coaliser trois électorats qu’on ne croyait pas coalisables jusqu’ici: le centre, centre-gauche dont il est lui-même issu et qui est fortement enraciné dans les grandes métropoles, mais aussi le centre-droit européen et une partie des électeurs qui ont penché pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour. L‘étude détaillée des résultats montrera combien d’entre eux ont voté pour faire barrage au FN et combien ont été convaincus par Macron.
Mais son élection a aussi deux faiblesses. D’abord, le taux d’abstention très élevé de 26% et le fait que 11,5% des électeurs ont choisi de voter blanc ou nul. C’est la manifestation de l’opposition d’une partie considérable de l‘électorat à Emmanuel Macron. Seconde faiblesse: dans ses discours, ce dernier s’adresse surtout aux électeurs du centre. Il faudrait qu’il quitte ce discours et il doit bien faire attention à sa gauche. C’est là aussi une force importante capable de lancer notamment des mouvements de contestation sociaux.
C’est aussi la performance du Front National qui a marqué cette élection. Marine Le Pen a échoué, certes, mais a réussi à engranger 11 millions de voix alors que l’on croyait son réservoir électoral limité à 9 millions. Alors d’où viennent ces voix? En tout cas, elle n’a pas su attirer massivement celles de la droite conservatrice. Elle n’a pas non plus pu mobiliser dans les grandes villes.
L’annonce de la transformation du Front National en un nouveau parti sur le modèle de l’Alliance Nationale en Italie voilà 20 ans montre bien que ce mouvement est conscient de ses limites et qu’il a constitué un pactole électoral qui ne doit pas être négligé bien que défait dimanche soir.
Quant à l’importance de cette élection pour l’Union Européenne, elle pourrait être considérable. Je constate d’abord qu’après le référendum britannique, le projet européen retrouve un certain intérêt auprès des dirigeants et de la population. On parle de relance du projet, mais ce ne sera pas une relance dans le sens des Traités de Rome, mais plutôt dans celui d’une Europe à plusieurs vitesses. Je pense qu’avec Emmanuel Macron, nous allons assister à des idées innovantes dans ce sens. C’est un jeune plein d’audace qui pourra, ensemble avec d’autres dirigeants de sa génération, mener l’UE vers une nouvelle étape de son développement.»


