LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le secteur pétrolier accuse le coup d’une chute de la demande

Les prix du pétrole sont en chute libre depuis plusieurs semaines, et cela se ressent à la pompe. Les prix sont très bas, du jamais vu depuis de nombreuses années où le nombre de litres dépasse le chiffre de la facture. Le moment de faire le plein pour les consommateurs car si une marge de manoeuvre est encore possible vers le bas, estime le président du Groupement Pétrolier (GPL), Romain Hoffmann, «sur un litre d’essence il faut compter 35 cents rien qu’en accises ainsi que 17% de TVA fixe, les prix vont encore diminuer mais nous ne sommes pas loin du prix plancher», prévient-t-il.

Au-delà des prix bas, c’est une situation qui l’inquiète: «Cela a commencé avec le confinement en Chine, comme c’est un gros pays consommateur de pétrole et exportateur de biens, la demande mondiale s’est effondrée car une rupture de la chaîne logistique s’est effectuée. L’Inde aussi a fermé son économie. Et pendant ce temps là la Russie et l’OPEP ne se sont pas mis d’accord pour réduire la production, au contraire, ils l’ont augmenté. C’est seulement la semaine dernière que la production s’est réduite d’un tiers, soit 10 millions de barils par jour. Mais c’est encore bien insuffisant au vu de la demande, sans compter que des pays non OPEP continuent de produire du pétrole».

Cette semaine a marqué un tournant historique dans le secteur du pétrole, les barils ont atteint un seuil négatif sur les marchés américains, concrètement les vendeurs devaient payer pour se débarrasser de leur marchandise. «Les Etats-Unis fonctionnent avec l’indice de référence WTI, et leurs réserves étaient pleines. Comme les acheteurs s’engagent à acheter du pétrole sur les prix du mois de mai, ils n’avaient plus de stockage nécessaire pour tout ce pétrole alors que la demande s’est effondrée, c’est un peu comme pour les banques qui appliquent des taux négatifs sur les gros épargnants», explique Romain Hoffmann. Secteur aérien quasi à l’arrêt, travailleurs au chômage forcé ou en télétravail, les routes sont quasi désertes et au Luxembourg aussi la demande s’est effondrée.

Chute de 80 à 90% des ventes

Considérées comme un secteur essentiel, les stations-essence sont restées ouvertes, mais avec très peu de clients: «Les ventes de carburant se sont effondrées depuis le début du confinement, pour les stations frontalières ou autoroutières, ces dernières accusent une chute de 80 à 90% des ventes, c’est un peu moins important pour celles de l’intérieur du pays, mais elles accusent quand même un recul de 50%. Avec la reprise du secteur de la construction, la demande va sûrement remonter un peu», espère le président du GPL.

Mais la situation n’est pas uniquement compliquée au niveau de la demande, les stations-service peinent à rester ouvertes: «Beaucoup de notre personnel est frontalier, majoritairement de France, ce qui complique les choses. Déjà beaucoup sont des parents et ont pris le congé familial, mais pour les autres ils sont très angoissés face à la situation car ils sont en contact avec la clientèle. Nous avons mis du plexiglas devant les comptoirs, depuis lundi le port du masque est obligatoire, ce qui va rassurer tout le monde».

Alors certaines stations se sont adaptées. Si officiellement elles n’ont pas l’obligation de rester ouvertes (sauf celles situées sur autoroute), une «présence régionale» est assurée: «Certains opérateurs ont fermé certaines stations dans des zones où elles sont nombreuses, le long de la frontière par exemple, d’autres ont réduit leurs horaires d’ouverture pour les shop par exemple», explique Romain Hoffmann qui précise que les opérateurs ont pu également bénéficié des aides de l’Etat, notamment le chômage partiel.