LUXEMBOURG
ANTONIO DA PALMA

Si les mesures de confinement prises au Luxembourg depuis la mi-mars ont drastiquement fait chuter les difficultés de circulation dans le pays, le sujet de la mobilité reste un défi pour le pays et un sujet de préoccupation majeur pour l’ACL. Son «Head of Mobility Technologies» Antonio Da Palma nous livre son analyse de la situation.

«La situation du Covid-19 montre clairement que l’on peut aujourd’hui imaginer le travail autrement. Cette pandémie est peut-être une opportunité pour changer les mentalités et les comportements. Il existe un grand nombre de solutions qui permettent de travailler à distance. Par rapport à une situation de congestion donnée, si on enlevait 20% des véhicules sur la route, la congestion disparaîtrait et on récupèrerait un trafic fluide. Cela signifie que si chaque salarié faisait par exemple du télétravail un jour par semaine de façon homogène, il n’y aurait plus de bouchons.

Aujourd’hui, il faut utiliser les outils qui sont là et notamment réfléchir sur le partage des véhicules de façon à réduire le nombre de véhicules sur les routes. Cela mène au covoiturage. Le gouvernement avait pris une initiative avec Copilote. Le problème c’est qu’il ne suffit pas de lancer dans la nature un outil pour espérer que cela marche. Il faut derrière avoir une éducation des utilisateurs, une sensibilisation. Si les gens n’y trouvent pas leur compte, on va tous rester dans notre confort quotidien en disant «je préfère rester au chaud dans ma voiture».

Il en va de même pour les transports publics: le réseau ne dessert pas de façon uniforme toutes les zones du pays. C’est pour cela qu’il y a autant de gens sur les routes: si cela prend deux fois plus de temps de faire le même trajet en transports en commun qu’en voiture, tout le monde prend sa voiture. Quant aux nouveaux modes de mobilité comme le service Uber, les études ont démontré qu’il accroît le trafic sur les routes car il ajoute des véhicules qui transportent une personne seule. Par contre, d’autres solutions comme UberPool sont à privilégier car, à l’image du covoiturage privé, elles permettent de partager un déplacement et par conséquent d’augmenter le nombre de passagers par véhicule.

Le souci vient aussi des nouveaux moyens de déplacement qui émergent très vite, du coup le législateur a deux temps de retard sur ce qu’il se passe. C’est le cas des trottinettes électriques pour lesquelles il n’existe pas une réglementation appropriée. Elles sont un bel outil de mobilité pour le «last mile»: ce sont des gens qui au lieu de prendre le bus ou le tram utiliseraient la trottinette. Mais là où on est un peu plus réticents, c’est que ce moyen de déplacement est dangereux tel que défini et appliqué actuellement. Ce sont des véhicules instables avec de toutes petites roues qui, à la moindre irrégularité de la chaussée, peuvent faire tomber la personne si elle n’a pas une bonne dextérité. Et puis au niveau de la règlementation, cela reste très flou. On sait qu’on n’a pas le droit de rouler sur les trottoirs or, sur la route, c’est très dangereux de rouler en trottinette. Le port d’équipement de protection tel que le casque ou des vêtements visibles n’est pas réglementé et représente autant de facteurs aggravants lorsque ces usagers faibles cohabitent sur la chaussée avec les automobilistes. Voilà pourquoi l’ACL ne veut en ce moment pas promouvoir la trottinette électrique, il y a des manquements et des zones de flou qui risquent un jour de générer un accident fatal avec des trottinettes sur la route. Tant que l’Etat n’a pas défini le cadre exact, c’est un problème.»