LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La Fondation Idea organisait mercredi matin un débat sur les mobilités de demain

Se rendre à 8.00 au Kirchberg est déjà un défi de mobilité en soi. Entre les bouchons interminables, le train puis le tram bondé, la problématique de la mobilité s’est posée mercredi matin pour se rendre au débat organisé par Idea. Au volant - ou pluôt au micro - Gerry Wagner, CEO d’Arval Luxembourg, et Julien Honnart, co-fondateur et CEO de Klaxit, qui a repris l’application de covoiturage Copilot. Pour les deux intervenants, la mobilité ne passera pas sans la voiture. Il a donc beaucoup été question de quatre roues pendant le débat, dans un contexte où Luxembourg devrait compter 50.000 voitures de plus sur ses routes d’ici à 2025.

L’objectif affiché du gouvernement luxembourgeois est d’arriver à 20% de salariés utilisant les transports publics pour arriver sur leur lieu de travail d’ici 2025, accompagné d’un recul de 9% des «autosolistes» (ceux qui sont seuls en voiture). En tout, 73.000 autosolistes seront à convertir pour ne pas tomber dans le chaos. La plupart devront se mettre au covoiturage, assurent les deux intervenants. Même si pour Gerry Wagner, dont la société propose désormais des «solutions de mobilité», «le covoiturage ne suffira pas à absorber cette croissance du trafic». Julien Honnart, lui, évalue que le rail est déjà saturé. Or si les infrastructures ne changent pas, il va falloir «mettre plus de gens dans les voitures».

«Il faut changer les habitudes de confort de sa voiture»

En France, les employeurs ont la possibilité de rembourser les frais de covoiturage à leurs employés, «avec des incitations financières, le covoiturage va se démocratiser», estime Julien Honnart qui prend comme exemple Blablacar pour les longs trajets. Une application qui est entrée dans les moeurs en France alors qu’elle a remplacé le bon vieux autostop. Mais dans un pays comme le Luxembourg où la voiture personnelle est reine, étant un vrai marqueur social, difficile d’imaginer que le covoiturage puisse décoller. «Il faut changer les habitudes de confort de sa voiture, les entreprises ont un rôle à jouer pour chercher des alternatives, même chose pour l’Etat qui doit promouvoir la mobilité et la fiscalité qui va avec. Par exemple, on pourrait être moins imposé si l’on utilise moins sa voiture pour aller au travail», estime Gerry Wagner.

Le co-fondateur de Klaxit est d’accord: les entreprises ont un rôle clé à jouer. Si leur coeur de métier n’est pas la mobilité, elles ont néanmoins tout intérêt à ménager leurs employés qui deviennent fous dans les embouteillages. «Le covoiturage ne concernera pas tout le monde, mais si l’on touche 30% des automobilistes, cela fonctionne. Les salariés sont beaucoup plus nombreux qu’ils le croient à avoir des horaires fixes. Nous allons sur le terrain expliquer le système. Nous passons de 2 ou 4% de covoiturage à 15% quand l’application de mise en relation est utilisée», explique Julien Honnart.

En France, Klaxit garantit le retour des passagers, même si le conducteur annule, grâce à l’assurance Maif qui affrète alors un taxi. Mais les nombreux usagers permettent dans la plupart des cas de trouver un chauffeur de substitution. Une telle assurance serait difficile à mettre en place au Luxembourg, au vu des distances de certains frontaliers. La clé serait que chauffeurs et passagers s’y retrouvent financièrement. Ces derniers ont tendance à ne penser qu’aux frais d’essence quand ils pensent à leurs trajets. Le seuil psychologique des 10 centimes du kilomètre est alors difficilement franchissable.

Comme le transport public, il faut que le covoiturage soit plus «rentable» que prendre seul sa voiture afin que les usagers soient incités à le faire. Mais quand la collectivité s’en mêle pour tirer les prix vers le bas, les résultats sont là: les trajets en covoiturage ont été multipliés par 8 en 2018 en Ile-de-France. A Nantes, le covoiturage a été aligné sur les prix des transports en commun. Mettre également des voies réservées pour améliorer la fluidité du trajet permet d’inciter au covoiturage.

Pour Julien Honnart, il faut intéresser les directeurs financiers des entreprises au covoiturage. Car c’est un moyen de fidéliser des employés qui seront plus à l’heure au travail, moins stressés et plus productifs. Des incitations avec des places de parking réservées aux covoitureurs pourraient faire partie de ces incitations. Mais pour «prouver» que l’on est adepte du covoiturage, il va falloir mettre en place des mouchards pour contrôler les fraudeurs éventuels et récompenser les bons élèves.

Gerry Wagner plaide pour une application de mobilité qui regrouperait toutes les solutions. Aujourd’hui au Luxembourg l’application Mobiliteit.lu ne regroupe que les transports en commun et individuels (voiture, vélo). Le «car pooling» pourrait faire partie d’un plus large panel.