LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Selon un rapport commandité par Greenpeace, le Fonds de compensation de pension peut mieux faire

C’est désormais l’un des chevaux de bataille de l’organisation écologiste: viser l’industrie financière pour empêcher le financement des industries de l’énergie fossile, ce que résume Martina Holbach, chargée de campagnes justice climatique et finances pour Greenpeace Luxembourg: «33 des plus grosses banques globales ont encore investi 3 trillions de dollars dans les entreprises d’énergie fossile. A son niveau le Luxembourg devrait prendre ses responsabilités et faire de la finance durable une vraie priorité. Le Fonds de compensation (FDC) doit faire le ménage et se débarrasser de ses liens avec l’industrie des énergies fossiles», même si ce dernier estime être dans les clous de la législation actuelle. Pas assez réclame Greenpeace qui a commandé un rapport au Dr Martin Granzow, économiste, «Approches pour une meilleure intégration des critères climatiques dans les décisions d’investissement du Fonds de compensation». Pour ce dernier, l’approche du Fonds de compensation commun au régime général de pension en terme d’investissement durable n’est pas «satisfaisante»: «Le Luxembourg a signé les accords de Paris, pour une institution publique, la lutte contre le changement climatique doit être une priorité. Il n’y a pas d’alternative de transfert de l’économie. Sans compter que les performances des investissements durables sont positifs». Et pourtant, le rapport a relevé plusieurs investissements jugés douteux de la part du FDC l’année dernière, «le fonds n’a pas été en mesure, par le passé, d’établir la transparence en ce qui concerne les aspects de durabilité. Sur la base des informations fournies par le FDC aux parties prenantes externes, nous ne savons pas du tout à l’heure actuelle de quelle façon les risques climatiques sont identifiés et gérés par le FDC dans ses différents compartiments», estime l’économiste.

A la traîne

Dans le cas des entreprises de charbon, de pétrole et de gaz, au cours des derniers mois, l’évolution du prix des actions a généralement été à la traîne par rapport à l’évolution du marché. «À long terme, cependant, les modèles commerciaux basés sur les combustibles fossiles seront progressivement éliminés dans un monde à < 2°C compatible avec l’accord de Paris», précise le rapport. Une étude d’Axa a conclu que les rendements annuels des entreprises charbonnières s’effondreront de 60% d’ici 2030 et de 100% d’ici 2050. Dans le secteur du pétrole et du gaz, les chiffres ne sont guère meilleurs: -40 % d’ici 2030 et -95 % d’ici 2050. À long terme, ces modèles d’entreprise atteindront donc une valeur financière de 0.

Pour l’économiste, ce sont aux décideurs politiques de mettre pression sur le FDC pour que l’intégration des risques de durabilité fasse partie intégrante du mandat du fonds. Et de lister une série de recommandations à destination des dirigeants du FDC. «Le FDC lui-même devrait d’abord intégrer la durabilité dans sa stratégie globale, puis dans la stratégie d’investissement de tous ses compartiments», indique Martin Granzow. «En ce qui concerne la poursuite du processus, il est logique dans un deuxième temps d’étendre ses propres capacités d’analyse, de développer un système spécifique d’indicateurs de performance de durabilité et de mettre en œuvre une analyse de durabilité bien fondée», poursuit-il.

L’aspect durable devrait transpirer dans toutes les actions du FDC, recommande le rapport. Pour que la place financière luxembourgeoise puisse vraiment se targuer d’être durable, un gros effort devra être également fait sur la transparence pour que la FDC et tout le secteur puissent rendre plus facilement des comptes. «L’intégration des aspects de durabilité dans l’organisation structurelle et procédurale ainsi que le suivi global sont tout aussi importants. En outre, le fonds devrait immédiatement mettre en oeuvre une transparence en interne et en externe au sujet de sa propre performance en matière de durabilité et, en termes de pratiques de divulgation, assumer un rôle de pionnier et de guide pour la place financière durable du Luxembourg en appliquant les recommandations du TCFD (Task force on climate-related financial disclosures)», conclut l’économiste.