LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La finance durable devient centrale au sein de la Bourse de Luxembourg

La finance durable a été intégrée à la Bourse de Luxembourg avec la création en 2016 du Luxembourg Green Exchange (LGX), une façon de mettre en avant un phénomène qui prend de l’ampleur au niveau mondial. Avec plus de critères et de transparence des acteurs, le Luxembourg a un rôle de premier plan à jouer. Laetitia Hamon, qui a pris ses fonctions le 15 juillet dernier en tant que «Head of Sustainable Finance» du LuxSE, a pour rôle de rendre la finance durable comme la norme de la place financière, du Luxembourg et au-delà. L’experte qui travaille sur la finance durable depuis une douzaine d’année explique au «Journal» les enjeux de sa nouvelle fonction.

Comment êtes-vous tombée dans la finance durable?

J’ai fait un Master RSE à Paris, au départ c’était un élément accessoire pour les entreprises, ce qui était très frustrant. J’ai déménagé à Londres où j’ai travaillé pour une agence de notation extra-financière, puis j’ai été amenée à identifier les fonds avec des critères «verts». Au Luxembourg ensuite j’ai rejoint l’ALFI et Luxflag, où la finance durable était partie prenante. Entre-temps le mouvement a pris de l’ampleur. Il y a douze ans, personne ne comprenait ce que je faisais, je devais convaincre et convaincre encore, ce qui me plaisait au demeurant! Mais aujourd’hui les régulations ont beaucoup aidé et le monde de la finance a compris que cela touche à tous les aspects financiers.

Aujourd‘hui, on ne parle plus que de ça. Comment expliquez-vous le succès de la finance durable?

C’est le résultat de plusieurs facteurs. Déjà, la crise de 2008 a amené à plus de régulations et surtout plus de protection des investisseurs. Parallèlement, le développement durable est devenu une problématique au niveau mondial, ce qui a été conforté par les Accords de Paris et différentes initiatives au niveau européen, notamment le plan d’action de la Commission Européenne.
Les deux mondes ont fini par se rencontrer: le monde de la finance a compris que l’investissement durable est rentable, et les défenseurs de l’environnement ont besoin de financer la lutte contre le changement climatique. Le plan d’action européen a porté ses fruits et au-delà en la matière.

Pourtant, il est difficile d’y voir clair. Il n’y a pas de mêmes critères pour tout le monde, chacun avance dans son coin. Comment s’y retrouver?

C’est vrai qu’il y a beaucoup de terminologies, de termes complexes, d’acronymes dans le monde de la finance durable. Il y a la taxonomie qui essaie de classer les investissements en fonction de critères environnementaux, mais il n’y a par exemple pas dans le plan d’action européen de définition des critères ESG. Mais c’est quelque part normal qu’il n’y ait pas de norme: il n’y a pas de problème si on explique clairement ce qu’on fait et qu’on produit toute la documentation en toute transparence.
Le rôle d’une Bourse n’est pas de donner son avis, mais d’être une plateforme transparente. Il faut y trouver toutes les informations nécessaires, ce qui est plus important que de donner une définition une bonne fois pour toute de l’ESG, puisque c’est avant tout subjectif.
La transparence est vraiment très importante et nous devons aller vers plus de standardisation de la documentation pour s’adapter aux nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle qui va «scanner» toutes ces données. Si l’on a pu manquer de données par le passé, aujourd’hui il y en a énormément à traiter.

La finance durable est tendance, la tentation est pourtant forte pour certaines entreprises de faire du «green washing»...

Là encore le rôle de la Bourse est de publier toutes les documentations nécessaires, et de ne garder sur la plateforme que des acteurs qui s’y engagent. Le LGX n’interprète pas les données, mais nous faisons beaucoup de contrôles et d’arbitrage.

La place luxembourgeoise s’est placée comme leader dans le domaine. Un atout pour le pays?

Le Luxembourg a un grand rôle à jouer, et le gouvernement pousse beaucoup dans cette direction. Tout ce travail de vérification, de contrôle, ce sont le risk-management, le reporting, les compliance officer qui sont essentiels dans le développement de la finance durable et de cette transparence. Des fonctions qui sont principalement basées au Luxembourg, d’où l’importance d’être à la pointe dans ce domaine.

Vous mettez l’accent sur l’éducation du monde de la finance avec votre Academy. Il reste encore du travail en la matière?

L’Academy est déjà en place, nous émettons des certifications, nous avons un partenariat avec l’Université du Luxembourg, la demande est forte. Une partie des professionnels savent de quoi ils parlent, mais ils ont encore besoin de convaincre en interne. C’est quelque chose de très important pour les acteurs des marchés financiers et des investisseurs.

Est-ce que vous pensez que le LGX va un jour prendre le pas sur la Bourse de Luxembourg?

Je ne veux surtout pas opposer les deux! Pour moi la finance durable, c’est la finance tout court, ce qui va se faire par l’éducation et la gestion des données. Alors oui, avec de la transparence et des critères en plus, mais je ne vois pas d’opposition entre les deux.