LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA/AUDREY SOMNARD/LJ

Le Luxembourg veut doper la production d’électricité photovoltaïque

Accélérer l’offensive pour les énergies renouvelables: c’est l’objectif du projet de plan national énergie et climat qui vise 23% à 25% d’énergies renouvelables d’ici à 2030 et même 100% à long terme.

L’an dernier, seuls 8% de l’électricité issue de sources renouvelables était produite au Luxembourg, dont environ un cinquième à partir d’énergie solaire. Cela semble peu mais à l’échelle européenne, le Grand-Duché pointe en sixième position de la puissance photovoltaïque par habitant, avec 215 Watts par habitant. Le pays se positionne ainsi derrière la Grèce, Malte, l’Italie, la Belgique et l’Allemagne.

Début mai, le gouvernement a dévoilé une série de mesures visant à accroître l’attractivité du photovoltaïque pour les résidents. Ainsi, les rémunérations versées aux producteurs ont été augmentées et de nouvelles catégories de puissance ont été créées, afin d’inclure des installations plus importantes que celles que l’on voit parfois sur les toitures des maisons et immeubles.

En 2017, le Luxembourg comptait 6.813 installations photovoltaïques selon l’ILR. Un nombre appelé à croître mais encore faut-il faire savoir que les aides financières ont été relevées. Entre mars 2014 et 2019, 1.950 installations ont été subventionnées dans le pays à hauteur de 9,6 millions d’euros. Ce montant ne couvre que le régime PRIMe House et exclut donc les aides que certaines communes peuvent parfois verser. Reste maintenant à communiquer ces changements à la population pour l’inciter à franchir le pas. Faire rayonner le photovoltaïque prendra peut-être du temps mais cette source se profile comme l’une des réponses aux défis climatiques qui se posent à nous.

«Le plus dur reste de convaincre»

Les coûts d’installation de panneaux solaires restent élevés

S’équiper d’une installation photovoltaïque est un investissement encore coûteux qui s’inscrit sur le long terme. Avec les nouvelles aides mises en place, le photovoltaïque est poussé par les autorités, mais il reste encore pas mal d’obstacles pour les clients privés qui voudraient produire leur propre électricité.

Pour le fournisseur Sudstroum, les coûts d’installation pour les panneaux photovoltaïques sont plus intéressants pour les grandes installations. Le directeur administratif et financier de Sudstroum Torsten Schockmel, estime qu’il faut compter 5.000 euros pour une installation équivalente à 3 Kilowatt peak, plutôt 15.000 euros pour une plus grosse production de 10 kilowatt peak. Avec le nouveau règlement des aides, la production est mieux rémunérée jusqu’à la limite des 10 kilowatt peak.

Cela pourrait donc être plus intéressant pour les petites installations des clients résidentiels, mais Torsten Schockmel n’est pas si optimiste: «Les coûts d’installation restent moindres pour les plus grandes installations, généralement les clients privés n’ont pas assez d’espace pour cela», regrette-t-il. Sudstroum étant basé à Esch-sur-Alzette depuis sa création en 2007, sa base de clients s’y trouve toujours, même si le fournisseur est habilité à vendre de l’électricité dans tout le pays. L’ancienne commune ouvrière n’a pas été structurée pour accueillir des panneaux: «Notre réseau à Esch est composé de beaucoup de locataires, or ce n’est pas eux qui vont décider de mettre du photovoltaïque, ce sont généralement des propriétaires qui se lancent pour leur propre résidence. La particularité d’Esch, c’est que ce sont beaucoup de petites maisons anciennes qui ont des toits qui n’ont pas été conçus pour supporter le poids des panneaux. Il faut d’ailleurs que le toit soit orienté plein sud, ce qui n’est pas toujours le cas. Et si le toit est en ardoise, ce qui est souvent le cas dans la région, c’est encore plus coûteux».

Pour ce qui est des immeubles, c’est possible mais là encore, il y a beaucoup de situations différentes. «Il faut que le syndic soit intéressé, mais c’est surtout le financement qu’on doit trouver. Nous avons notre réseau de banques et institutions financières qui peuvent proposer à nos clients un système de financement. Mais le plus dur reste de convaincre», admet le directeur administratif. (AS)

www.sudstroum.lu

Electrochoc

Le changement législatif réveille la demande en installations photovoltaïques industrielles, selon Enerdeal

STEINFORT Depuis avril, les affaires reprennent pour François Neu. Le «managing partner» d’Enerdeal compte une dizaine de nouveaux prospects en un mois, alors que «le marché était complètement atone depuis cinq ans». Le nouveau régime de rémunération par l’Etat inclut depuis avril les installations de 200 à 500 kW. Avec 125 euros par MWh annoncés, «c’est compétitif au niveau européen mais naturellement, tout le monde souhaite davantage», explique le responsable. Son entreprise propose des services de développement, d’installation et de financement de centrales photovoltaïques industrielles. Qu’il s’agisse du toit d’un bâtiment ou d’un grand terrain, Enerdeal se charge du nécessaire pour que cette superficie devienne productrice d’électricité. En moyenne, les installations pilotées par cette entreprise d’origine belge oscillent entre 300 et 400 kW.

L’ancienne grille de rémunérations plafonnait à 200 kW. Désormais, elle monte jusqu’à 500 kW et au-delà, le législateur a l’intention de lancer un processus d’appel d’offres. «C’est très bien qu’on ait relevé la puissance et les tarifs mais il faudrait simplifier les contraintes administratives», pointe François Neu. Les tarifs de rachat actuels ne sont en effet valables que pour des coopératives. «La coopérative s’applique plus facilement pour des structures publiques mais les industriels sont réticents». L’entreprise basée à Steinfort propose toutefois de créer la structure en question, mais encore faut-il trouver des coopérateurs. «Il y a une évolution qui doit encore venir pour atteindre ce tsunami solaire souhaité», constate François Neu. Il n’empêche, le changement législatif permet à la société de se reconcentrer sur le marché luxembourgeois, après s’être plutôt développée du côté de la Belgique et de l’Afrique. «On est en train de recruter des chefs de projet et des commerciaux», glisse le responsable. La réforme était attendue et «le marché s’est fortement réveillé».

Les critères financiers ne sont pas tout. «Aujourd’hui, des prospects nous disent avoir la pression de leurs clients, de leurs enfants voire de leur conseil d’administration» pour passer au photovoltaïque. «On ne parle plus d’enjeux climatiques mais d’urgence climatique». La volonté est donc bien présente, mais qui dit investissement dit aussi rendement. «Nous avons besoin de délivrer un minimum de rentabilité pour le propriétaire du toit» sur lequel l’installation sera posée. Et puis, certains clients et prospects regardent encore plus loin et prévoient déjà des espaces de stockage pour les batteries, le prochain développement majeur attendu par le secteur. Les bornes de recharge pour voitures électriques fleurissent çà et là sur les parkings. Et à François Neu de rappeler qu’un panneau produit chaque année l’énergie nécessaire pour faire rouler une voiture électrique 1.000 à 1.500 km. Un potentiel qui n’attend qu’à être décuplé. (CK)

enerdeal.com

Un réseau au service du photovoltaïque

Les artisans se sont associés à Enovos sur le solaire

Produire sa propre électricité grâce au soleil n’est pas encore une chose évidente au Luxembourg. Pourtant le potentiel est là, notamment pour les personnes privées qui seraient intéressées d’utiliser leur toit pour capter l’énergie solaire. Le gouvernement a récemment relancé les aides pour booster un marché jusque-là moribond. Jean-Luc Santinelli est CEO d’Enovos Services, il explique en quoi les nouvelles aides étatiques permettent de faire décoller le photovoltaïque auprès des clients privés, notamment à travers le réseau DIEGO. Enovos Services a été créé en 2016 et s’occupe du volet services techniques des installations. Consultance, efficience énergétique, Enovos Services a racheté l’électricien Paul Wagner & Fils en juillet dernier et installe ainsi des panneaux photovoltaïques pour les entreprises. Pour ce qui est du résidentiel, l’entreprise a récemment créé un réseau, DIEGO, en partenariat avec la Fédération des artisans. Il s’agit d’un réseau de franchise. «Le réseau met à disposition le savoir-faire, les formations. Nous allons lancer le photovoltaïque à la mi-juillet, c’est par cette voie que nous voulons inciter la clientèle privée à s’équiper», explique Jean-Luc Santinelli. Les nouvelles aides présentées récemment par le gouvernement seraient une excellente nouvelle pour les professionnels du secteur.

L’institution étatique Myenergy s’emploie à faire beaucoup de publicité à ce sujet pour inciter les particuliers à s’intéresser au potentiel de ce type d’installation. Si à première vue elles apparaissent moins intéressantes qu’il y a quelques années, le CEO d’Enovos Services tempère: «La demande a baissé en 2012 avec les prix qui devenaient moins intéressants. De 2015 à 2017, nous avons fait état de 800 installations, c’est peu. Mais aujourd’hui le matériel coûte beaucoup moins cher qu’en 2012, les Chinois sont notamment entrés sur le marché, ce qui a fait baisser les prix des panneaux. Donc si aujourd’hui les subsides sont plus bas, comme les installations sont moins chères, cela reste intéressant». Pour autant, dans un marché concurrentiel, Enovos Services ne s’est pas fixé d’objectifs d’installations. Le plan d’investissement pour le réseau DIEGO est étalé sur trois ans, mais il ne concerne pas que le photovoltaïque: pompes à chaleur, batteries de stockage, prises de recharge pour voitures électriques font également partie des missions du réseau. Le tout pour atteindre le plus possible l’autosuffisance énergétique des maisons. (AS)

Plus d’informations: mydiego.lu

Les mesures phares de l’offensive photovoltaïque

Le 7 mai dernier, Claude Turmes, le ministre de l’Energie et de l’Aménagement du territoire a présenté une «offensive photovoltaïque» avec une série de nouavelles mesures pour inciter au recours à l’énergie solaire. Les mesures phares sont au nombe de trois. D’abord, de nouvelles catégories de puissance sont prévues et le rôle des coopératives est renforcé. Ainsi, pour les particuliers (maisons unifamiliales), une catégorie de 0-10 kW (~100 m2) est introduite, alors que pour les installations inférieures à 30 kW, les tarifs peuvent être cumulés avec les subsides PRIMe House.  Pour de plus grandes toitures, une nouvelle catégorie 200-500 kW est introduite pour les coopératives et sociétés civiles qui réalisent des installations. Par ailleurs, les rémunérations pour les installations photovoltaïques de toutes tailles sont substantiellement augmentées: pour les centrales de 0-10 kW, elles passent de 121 à 165 euros/MWh, elles sont de 155 euros/MWh pour celles de 10 à 30 kW et de 145 euros/MWh pour les centrales de 30 à 100 kW (131 euros auparavant). Quant à la nouvelle catégorie 200-500 kW, le tarif est de 125 euros/MWh. A noter que ces tarifs sont garantis par l’Etat sur 15 ans.

Troisième mesure-phare: La mise en place et l’extension des installations devient plus facile. Ainsi, chaque toiture peut désormais accueillir une installation. En plus, la restriction qu’un point de raccordement ne peut accueillir qu’une seule installation est supprimée. A noter aussi que sur une surface donnée, une nouvelle installation peut être construite à côté d’une installation existante, à condition que l’installation existante ait plus de deux ans. Enfin, un cadastre solaire qui informera sur les surfaces bâties potentiellement utilisables au Luxembourg, doit être disponible d’ici début 2020. A noter enfin que le gouvernement planche aussi en ce moment sur de nouvelles mesures à destination des entreprises pour les inciter à investir davantage dans le photovoltaïque. Affaire à suivre donc. (LJ)