LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La finance durable est en tête des priorités de l’ALFI pour 2019

Pour l’Association Luxembourgeoise des Fonds d’Investissement (ALFI), l’année 2019 sera dominée par la finance durable. «En 2019, les travaux sur la règlementation relative à la finance durable constitueront une priorité absolue pour l’ALFI», a déclaré sa directrice générale adjointe, Anouk Agnes, à l’occasion de la présentation du bilan de l’année écoulée dans l’industrie des fonds le 30 janvier dernier.

En fait, la Commission européenne commence à se pencher sur cette catégorie de produits financiers et a proposé, en mai 2018, des propositions visant à légiférer cette branche. Améliorer la transparence et apporter plus de clarté sont les objectifs de Bruxelles qui entend lutter contre les informations trompeuses ou «green washing».

«L’ALFI veut contribuer aux travaux (de la Commission, ndlr.) et en faire une opportunité», explique Anouk Agnes. L’UE est en train de discuter et de finaliser des règlementations dans trois registres: en matière de transparence et de marketing tout d’abord, où les gestionnaires devront intégrer des critères ESG (environnement, social, gouvernance) dans leur décision d’investissement. La fin des fonds qui n’ont de vert que le nom est donc annoncé. Ensuite, l’information des clients intègrera l’impact des critères ESG sur le rendement de fonds ainsi que la rémunération des gestionnaires en lien avec ces contraintes. Enfin, il est question d’obligations de reporting détaillées, un chapitre néanmoins moins avancé que les deux autres selon Anouk Agnes.

La Commission européenne planche aussi sur des règlements. Le premier introduirait deux nouveaux benchmarks basés sur les émissions de CO2, destinés à ce que l’investisseur mesure l’impact de ses investissements un petit peu à l’image des classes énergétiques des habitations et des appareils électroménagers. Le second règlement se pencherait sur la taxonomie avec une liste de ce dans quoi les fonds levés sont investis pour être durables.

«Nous ne sommes pas contre la règlementation du tout», appuie Anouk Agnes. «Elle va dans le bon sens pour avoir un marché pérenne. Mais il faut que ça marche en pratique». Sa crainte? «S’il y a trop de contraintes, cela va devenir un «check the box» pour les gestionnaires, au risque de tuer l’innovation». 

Une longueur d’avance

Actuellement, le Luxembourg est le premier domicile européen des fonds responsables avec 31% de ces fonds et 39% des actifs sous gestion, selon une étude de l’ALFI et de KPMG datant de 2016. «Les chiffres sont en réalité beaucoup plus élevés», soutient Anouk Agnes tant l’étude date déjà (une mise à jour est prévue pour juin 2019) et surtout, le marché a évolué depuis lors. D’un côté, la demande s’est développée, en particulier du côté des fonds de pension et des fonds souverains. Ensuite, la demande des clients croît et en particulier de la part des «millennials» qui veulent savoir ce qui sera fait de leur argent.

«A l’ALFI, on parlait des fonds d’investissements responsables il y a plus de dix ans. A l’époque, on parlait plus des fonds sociaux», évoque Anouk Agnes. Il faut dire que le Luxembourg est engagé de longue date dans la microfinance avec, pour point de départ, des fonds d’investissement dédiés à cette activité. S’en est suivi la création du label LuxFLAG en 2008, initié par l’ALFI.

«On ne s’est pas seulement adapté mais on a encouragé le développement de ce secteur, partant de la microfinance mais il faut dire que déjà à l’époque on parlait d’exclure des secteurs nuisibles». Pour l’organisation, cette faim de fonds durable répond à deux objectifs: créer une opportunité puisqu’on peut faire du bien tout en générant du rendement, mais aussi sensibiliser sur le rôle du gestionnaire d’actifs, ce point de contact entre investisseurs et projets finaux.

N’oublions pas qu’investir, c’est aussi chercher du rendement. «Je pense que la plupart des acteurs vont être d’accord aujourd’hui de dire que le rendement n’est pas forcément impacté de manière négative», souligne la responsable.