LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA/AUDREY SOMNARD

A l’heure de la colocation et du covoiturage, la société du partage poursuit son développement avec le coworking. Venu tout droit de la Silicon Valley en 2005, le coworking s’est développé pour toucher non plus les sociétés technologiques mais l’ensemble du tissu économique tandis que son expansion géographique est désormais bouclée. Pourtant, le coworking reste aujourd’hui étroitement associé aux start-up et autres jeunes sociétés. Des sociétés matures optent aussi pour cette formule, qui leur permet des économies d’échelle et une flexibilité face à leurs besoins. Pourtant, le lien entre coworking et start-up reste fort. En témoigne le classement européen (datant de 2015) des villes les mieux équipées en matière de coworking: Londres, Barcelone et Paris dominent le tableau. Ces métropoles sont réputées être un hub pour les start-up technologiques. Mais elles sont aussi connues pour la flambée des loyers de bureaux.

Au Luxembourg, les tarifs débutent autour de 25 euros par jour HTVA pour accéder à un espace de coworking. Ensuite, libre à l’entreprise de débourser davantage si elle souhaite un bureau, un bureau dédié ou carrément un bureau fermé. Selon l’agent immobilier JLL, 86% des surfaces de coworking sont situées dans la capitale. Le pays compterait près de 9.000 m² de surfaces dédiées à cette activité, et 6.000 m² supplémentaires sont attendus dans les deux prochaines années. Résolument, la tendance est naissante avec un taux d’occupation mensuel estimé entre 60% et 80% par le groupe.

Les opérateurs de coworking se multiplient ces dernières années: outre la chaîne mondiale Regus - d’abord connue pour ses centres d’affaires - des opérateurs locaux voient le jour à Luxembourg et commencent peu à peu à ouvrir des espaces à l’extérieur de la ville. Le manque de surfaces disponibles couplé à une congestion du trafic explique le phénomène. Mais n’oublions pas que la location d’espaces de travail n’est pas un nouveau business en soi: les fiduciaires ont une longueur d’avance en la matière, tandis que de nombreuses structures publiques existent telles que la «Luxembourg House of Startups» ou le «Technoport». Pour les opérateurs privés, le coworking ne se résume pas à offrir un espace de travail. Leur argument est celui des infrastructures puisque les occupants peuvent accéder à une cafétéria, des salles de réunion, des espaces de brainstorming et parfois même des salles pour des évènements ce qui leur donne un large spectre d’offres. Bien entendu, le mobilier, la connexion à Internet et des imprimantes et autre matériel sont proposés. L’essor du coworking est aussi lié à celui des technologies et en particulier du «cloud computing». Désormais, les travailleurs peuvent accéder à leurs fichiers de travail depuis n’importe où. Travailler de partout, c’est pouvoir bénéficier d’une grande flexibilité… Voilà qui fait le bonheur des milléniaux dont la soif de liberté et d’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée est bien connue. Reste qu’au Luxembourg, le travail nomade a ses limites: celle des frontières. Pour continuer à être imposés à la source, les frontaliers - qui représentent la moitié de la force de travail du pays - sont obligés de travailler sur le territoire du Grand-Duché. Le seuil de tolérance fiscale est actuellement de 19 jours pour les Allemands, 24 jours pour les Belges et 29 jours pour les Français. Voilà pourquoi un autre marché se développe: celui des espaces de coworking aux frontières. Belval pour les Français, Steinfort pour les Belges et le Potaschberg à Grevenmacher pour les Allemands sont scrutées de près par les opérateurs de coworking pour leurs développements futurs. Il y a quelques jours, Station 44 a été inauguré à Oberpallen. Cette structure de coworking est située tout près d’Arlon, mais au Grand-Duché.

Un projet de coworking est aussi attendu prochainement entre Esch/Alzette et Audun-le-Tiche. Résoudre le problème des loyers élevés et de la mobilité, voilà donc le pari du coworking. 

„Il y a une vraie émulation“: Trois entrepreneurs ont opté pour la formule coworking

Valérie Saintignon s’est associée à Viviana Siclari pour fonder une entreprise de formation et de coaching Skillosophy, elles sont installées depuis le 1er janvier chez Silversquare, en domiciliant leur société chez le groupe de coworking, ce qui est possible avec un abonnement de bureau fixe. Pour l’entrepreneuse, cohabiter avec d’autres entreprises n’a que des avantages: „On aurait pu travailler de chez nous, mais on auraient été isolées. Ici on a le sentiment d‘être dans une grande famille, on échange beaucoup, ce qui donne des idées, des projets ensemble, il y a une vraie émulation“. Être entrepreneur, c’est donner de son temps, beaucoup de temps: „Nous travaillons sept jour sur sept, et particulièrement en week-end, et c’est chouette de voir que nous ne sommes pas seules dans ce cas. Récemment, une société de ménage a organisé un petit-déjeuner avec des produits des Philippines, on a aussi des afterworks ou des cours de yoga. C’est aussi ça l’esprit de famille. D’autant que l’accueil est super professionnel quand on reçoit nos clients chez Silversquare, et ça, c’est essentiel pour nous“.

André Bouvy a quant à lui rejoint The Office l’année passée avec son outil Fintech Finastream. Lui et ses deux associés ont 50 ans de moyenne, plus âgé que le startupper moyen, et c’est bien pour ça que l’espace de coworking est un plus pour ce dernier: „L’intérêt du coworking c’est les échanges avec les autres, se confronter à de nouvelles idées, et avec les jeunes on peut comparer nos expériences, c’est motivant“. Pas besoin de grands bureaux, l’espace sert essentiellement à avancer ensemble, mais aussi à recevoir les clients: „Ce n‘était pas le bon moment pour nous d’opter pour un bureau standard, et puis financièrement on s’y retrouve. Nous avons un abonnement de deux bureaux „flex“, avec un préavis de seulement un mois, cela nous permet d‘être flexible“. Outre la question du budget, André Bouvy a jeté son dévolu sur The Office pour une raison tout à fait pratique: „C’est le seul qui a un restaurant! La possibilité d’organiser des business lunch, c’est convivial“. C’est aussi ce qui a séduit Miroslav Kurdov qui s’est installé il y a 6 mois avec sa société Sketchlex: „Le café restaurant permet de recevoir tout en restant confidentiel, j’apprécie beaucoup cet aspect. C’est flexible en terme d’horaires, et puis avec tout ce petit monde j’ai l’impression d’avoir des collègues, il y a une entraide. A noter aussi la salle de repos avec des poufs, cela me permet de faire des petites pauses bien méritées car les journées de travail sont parfois très longues“