LUXEMBOURG
TRACY HEINDRICHS

Entretien avec Antoine Pohu, lauréat du concours littéraire national

Parmi les caractéristiques communes des auteurs populaires du moment - comme Haruki Murakami ou Stephen King - il semble que la routine, la régularité et le sport soient des éléments primordiaux pour pondre des mots régulièrement. Ces pratiques, Antoine Pohu, auteur franco-luxembourgeois, les a déjà acquises. A l’occasion de sa première place dans la catégorie des 15-25 ans du Concours littéraire national, le jeune lauréat parle littérature, écriture et philosophie.

Un rythme de vie soutenu

Dans la vie d’étudiant, il y a les amis, les études, les jobs, la fête et surtout, la flemme. Pour la majorité de jeunes étudiants en blocus ou période d’examens, celle-ci se manifeste sous la forme de procrastination: séries Netflix, soirées entre potes ou une tournée infinie entre Instagram, Facebook et Twitter. Mais pour Antoine, âgé de 20 ans, le temps pas passé à étudier ses syllabus d’histoire et philosophie est consommé par l’escalade, ses activités de photographe dans son cercle universitaire et surtout, son écriture. «Pour moi, écrire mon roman, La Quête a été comme regarder une série Netflix. Le soir, je rentrais, et au lieu de lancer Netflix, j’écrivais. J’avais envie de savoir où l’histoire allait m’emmener».

Tout comme ça peut arriver avec une bonne série Netflix, l’écriture a vite commencé à empiéter sur les études d’Antoine. En effet, quand celui-ci commence à écrire «La Quête» - son premier roman - en octobre 2018, il ne se doute pas que l’écriture allait l’absorber autant. «Avant ce projet, j’écrivais ici et là, et surtout des textes courts», dit-il. En première année d’université à Bruxelles à ce moment-là, il se rend rapidement compte qu’il veut écrire plus régulièrement. Comme la première année de bachelier ne lui parait pas trop difficile, Antoine se permet donc de travailler énormément sur «La Quête». Tellement qu’il termine le brouillon original en deux mois seulement.

Depuis, les choses ont légèrement changé: actuellement, en deuxième année, Antoine doit consacrer plus de temps à la recherche académique, nécessaire à ses cours. Ce qui ne l’empêche pas d’écrire quasi-tous les soirs, en plus de ses responsabilités dans son cercle et ses dix à quinze heures d’escalade hebdomadaires. «Ça va, je dors encore au moins sept heures par nuit», nous rassure Antoine en rigolant.

Quand la philosophie rencontre la poésie

Malgré les multiples rôles entre lesquels Antoine doit jongler, le futur auteur continue d’apprécier les instants précieux de la vie de tous les jours. Le film «Le Voyage de Chihiro» ainsi que la philosophie de Nietzsche l’inspire non seulement dans sa vie personnelle mais également dans ses textes. «Le Petit Prince» et «Le Voyage de Chihiro» ont beaucoup inspiré le ton du roman. En effet, «La Quête» raconte deux histoires en parallèle: d’un côté, un écrivain discute son passé et son approche à la beauté de la vie de tous les jours. En parallèle, ce même écrivain parle des aventures de deux enfants orphelins voyageant dans l’espace à l’aide d’un navire.

C’est ce roman qui lui a d’ailleurs obtenu la première place dans la catégorie des 15-25 ans lors du Concours national de littérature. Parmi les commentaires des juges, le jury remarque que l’écriture d’Antoine est très mature, fluide et riche de sens. «Ça n’a pas toujours été le cas», remarque Antoine. «Quand j’ai commencé à écrire il y a trois-quatre ans, mon style était beaucoup plus mélodramatique et exagéré». Entre-temps, Antoine a appris à être plus critique de ses propres textes: «J’essaie de mieux choisir mes mots, de ne plus écrire pour remplir les pages mais d’être clair et simple.» En conversation avec d’autres auteurs, le jeune écrivain parvient à apprendre et filtrer ses idées et ses mots avec plus de précision, tout en restant poétique.

Et le futur…?

En attendant la parution du roman «La Quête» avant l’été 2020, Antoine continue de travailler son texte. En parallèle, il travaille sur un autre projet au titre bilingue et mystérieux «Das Schweigen der Nacht / Le silence de la nuit». Et pourtant, malgré sa passion pour l’écriture, Antoine reste réaliste: «C’est quasiment impossible de vivre de l’écriture au Luxembourg». Au lieu de cela, il se concentre sur ses études pour éventuellement prendre la voie de la diplomatie. En attendant, entre le sport, les études et l’écriture, Antoine Pohu semble avoir trouvé la recette pour travailler son art et son avenir, tout en dormant plus de sept heures par nuit.

«La Quête» d’Antoine Pohu sera disponible d’ici l’été 2020.