LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les deux sœurs Lynn et Kim Hansen ont ouvert leur boutique de vêtements, Blossom

L’entrepreneuriat chez les sœurs Hansen, c’est de famille. Le grand-père, couturier, avait sa boutique rue Beaumont, très proche de leur boutique actuelle, avenue de la Porte-Neuve. «Notre grand-père fabriquait les uniformes des militaires, notre grand-mère tenait son épicerie, nous sommes issues d’une famille de commerçants», raconte Lynn. Les deux sœurs ont un parcours différent, mais les deux avaient pour ambition de monter une entreprise ensemble. Il se trouve que cette année était pour elles deux le bon moment. Du côté de Lynn, l’aînée de 31 ans, après quelques années passées comme assistante sociale à la Stëmm vun der Stroos, il était temps pour elle de changer de voie: «J’adorais ce que je faisais, mais en même temps j’étais terriblement frustrée d’avoir des chefs au-dessus de moi et de ne pas pouvoir prendre des décisions». Kim, 27 ans, avait plus d’expérience dans le commerce puisqu’elle a géré le café Independent pendant cinq ans. Habituée des contraintes, des horaires tardifs, elle cherchait aussi à ouvrir sa propre affaire. Les discussions ont commencé en janvier 2018, pour être très concrètes au mois de septembre dernier: «On savait qu’on voulait faire quelque chose ensemble, ça c’est sûr. Mais nous avons pris le temps de la réflexion pour savoir quoi. On pensait à un moment à un café, mais c’est beaucoup de contraintes, notamment pour les horaires qui n’auraient pas convenu à Lynn. Pour moi je dois dire qu’il est aussi temps de me poser un peu plus. Comme nous sommes toutes les deux passionnées de mode, le projet de boutique s’est imposé à nous», raconte la cadette.

Les deux sœurs traquent les designers européens qui font mouche

Elles commandent les vêtements avant même d’avoir trouvé un local. L’idée est d’être à Luxembourg-Ville, «j’adore le melting-pot culturel de la Ville, c’est là que ça se passe», estime Lynn. Les recherches finissent par porter leurs fruits. Les deux sœurs finissent par jeter leur dévolu sur une petite boutique dans le passage d’Alima, avenue de la Porte-Neuve. Une adresse qui leur convient parfaitement: «Il y a beaucoup de commerçants indépendants dans le passage, c’est super car il y a un esprit de solidarité entre nous. Nous travaillons aussi avec l’Union des commerçants de la Ville, elle nous aide beaucoup. Et puis comme nous vendons des vêtements qu’on ne trouve pas ailleurs au Luxembourg, on se démarque des grandes chaînes qu’on trouve partout», explique Lynn.

Le concept est simple: les deux sœurs traquent les designers européens qui font mouche. Elles en ont contacté des dizaines, et certains ont accepté de travailler avec elles. Le but est de proposer des vêtements aux hommes et femmes, des basiques aussi bien que des pièces un peu plus travaillées. Mais à chaque fois, seulement quelques exemplaires sont disponibles. Faute de pouvoir avoir du stock. Nous sommes ici dans l’antre de la «slow fashion», qui met en avant les talents, dans le respect du travail. Les vêtements sont tous fabriqués en Europe, un point d’honneur auquel tiennent les deux sœurs. A côté des vêtements, quelques sacs vegan sont également exposés, «vous ne verrez jamais de cuir chez nous, c’est un principe que nous avons, même si notre boutique est ouverte à tous», précise Lynn.

La boutique est d’ailleurs cosy. Au moment de notre passage, la vitrine est ornée aux couleurs des soldes mais à l’extérieur, les amateurs de shopping se font rares, découragés par la canicule. Sans compter le bruit d’un marteau-piqueur non loin qui n’arrange rien: «Les travaux en Ville c’est un fléau pour les commerçants! Oui bien sûr c’est les travaux du tram, mais il y en a partout, c’est vraiment pénible», se plaint Kim. Dans quelques jours les congés du bâtiment vont pouvoir permettre de souffler un peu. Pas de vacances cette année pour les sœurs qui ont ouvert leur boutique à la mi-avril. Le rythme est différent du café pour Kim, mais les deux sœurs ont dû trouver leur rythme: «Au début je ne dormais pas, il y avait beaucoup à faire et j’étais perdue, ne pas avoir à s’en remettre à un supérieur, c’est bizarre au début! Mais en deux mois on a réussi à trouver notre rythme», estime Lynn. «Je ne tenais pas en place au début», raconte Kim, «c’est différent d’un café avec ses coups de bourre. La boutique représente beaucoup de travail, mais c’est notre projet». Tandis que l’aînée s’occupe plutôt de l’aspect administratif des choses, la cadette est l’artiste de la famille et planche sur le volet créatif de l’affaire. C’est d’ailleurs elle a qui a développé le logo de Blossom.

Indépendantes, les deux jeunes femmes n’ont compté que sur leurs économies pour démarrer leur aventure. De toute façon, les banques ne les auraient pas pris au sérieux. C’est un pari financier qu’elles prennent, mais c’est un risque qu’elles sont prêtes à prendre: «Je suis tellement plus heureuse et épanouie maintenant, j’ai vraiment trouvé ma voie. La vie est courte pour passer sa vie dans un travail que l’on n’aime pas. Oui il y a l’aspect financier, c’est sûr, mais il n’y a pas que l’argent dans la vie. J’ai eu de la chance d’avoir un bon salaire avant, donc je peux me reposer là-dessus pendant quelques temps. Nous n’avons pu compter que sur nous-mêmes. Les banques veulent un projet concret, or nous ne pouvions pas signer de bail ou acheter un stock de vêtements sans argent», explique Lynn. Les deux sœurs comptent faire le point après un an d’ouverture, où elles espèrent pouvoir vivre de leur boutique. «De toute façon même si on échoue, je serai contente de pouvoir dire que j’ai essayé», confie l’aînée.

En attendant, les projets ne manquent pas. Kim devrait créer prochainement des designs pour des t-shirts, et les sœurs sont en contact avec deux créatrices luxembourgeoises, Ellee pour les bijoux et Pinuu également pour des bijoux mais aussi des sacs vegan. «C’est important pour nous de montrer les talents qui existent dans le pays, même si nous avons du mal à trouver des designers avec qui travailler. Mais c’est un début et nous espérons devenir une vitrine pour les talents luxembourgeois», raconte Lynn.

La boutique est le seul moyen de voir et commander les vêtements de Blossom, les sœurs préfèrent pour le moment se concentrer sur la clientèle physique. Il faudra donc venir les voir avenue de la Porte-Neuve.