LUXEMBOURG
MICHAEL BALDINGER

La transition vers une économique durable s’impose de plus en plus comme une priorité. À mesure que les responsables politiques cherchent à diriger le capital vers des investissements durables, les réglementations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) du secteur financier – y compris la gestion d’actifs – se multiplient.

À l’heure actuelle, les efforts les plus ambitieux émanent sans doute du plan d’action de l’UE sur la finance durable, qui vise à faciliter la transition vers un avenir durable en réorientant les flux de capitaux, en gérant les risques financiers et en encourageant la transparence et une vision à long terme.

Michael Baldinger | Photo: UBS - Lëtzebuerger Journal
Michael Baldinger | Photo: UBS

Défis à venir

Un groupe d’experts techniques, composé d’experts industriels, d’universitaires et de fonctionnaires, conseille la Commission européenne sur certains de ces sujets. La route est encore longue, mais les progrès sont concluants. Pétries de bonnes intentions, ces initiatives s’accompagnent toutefois de plusieurs défis. Cette transition doit se déployer au fil du temps, en jonglant avec des considérations idéologiques et pragmatiques.

La question de la taxinomie en constitue un point essentiel. L’absence de cadre commun et de terminologie pour les activités et les investissements durables pose problème depuis longtemps. Une taxinomie normalisée a pour but d’offrir une certaine cohérence et d’éviter l’«écoblanchiment» –la pratique consistant à qualifier une activité de durable alors qu’elle ne l’est en réalité pas. Bien que le concept soit le bienvenu, c’est, en définitive, la manière dont la taxinomie est calibrée qui en déterminera l’utilité. Trop large, son utilisation sera limitée ; trop étroite, elle pourrait involontairement exclure des entreprises ou secteurs pourtant susceptibles de contribuer à la transition vers une économie durable.

En général, l’augmentation de la publication d’informations relatives à la durabilité, pour les entreprises financières comme pour les sociétés, est considéré comme positif. Il est cependant crucial d’élaborer des normes acceptées au niveau mondial en l’occurrence, compte tenu du fait que les gestionnaires d’actifs investissent à l’échelle internationale, dans des entreprises de toutes tailles.

S’y retrouver dans le paysage réglementaire ESG

Ce besoin de normalisation se répercute sur les indices de référence. L’UE cherche à créer un «label européen d’assurance qualité», dans un premier temps sous la forme d’un indice de transition climatique et d’un indice aligné sur l’accord de Paris. Ces indices assureront une meilleure information et permettront aux consommateurs de plus facilement comparer les produits. Une fois encore, leur facilité d’utilisation déterminera leur succès et, à ce stade, certaines inquiétudes existent en ce qui concerne la portée limitée de la méthodologie de l’indice aligné sur l’accord de Paris.

Ceci nous amène au quatrième point d’intérêt: l’intégration des risques en matière de durabilité. Cette intégration comprend deux parties: la manière dont les entreprises intègrent la durabilité dans leurs processus opérationnels et d’investissement, ainsi que la manière dont elles intègrent les préférences de leurs clients en matière de durabilité. Pour certaines entreprises, l’intégration de risques et de préférences de durabilité sera obligatoire – une avancée largement saluée. Les préoccupations exprimées concernent surtout la nécessité d’introduire des changements simples et réalisables dans les processus de vente et de distribution, étant donné qu’ils arrivent très peu de temps après le régime MiFID II.

À l’avenir, il est évident que les détenteurs et les gestionnaires d’actifs devront collaborer au fil du temps, non seulement pour se conformer aux exigences de la législation émergente sur les cadres financiers, mais aussi pour bénéficier des avantages financiers et autres des investissements durables.

Comme Julie Hudson, responsable mondiale de la recherche ESG au sein d’UBS Investment Bank, l’a récemment dit: «Les risques ESG deviendront une partie intégrante de notre travail, du moins partiellement, à cause d’un vaste cadre réglementaire qui servira de catalyseur important, quoi que chacun pense des détails et quels que soient les doutes concernant les listes et taxinomies.»