LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Yuki Tokunaga a développé une plateforme pour l’émancipation des femmes

Cette touche-à-tout a développé une plateforme, «Working Princess», à destination des femmes, en particulier des mères qui travaillent. Cela fait 20 ans que Yuki Tokunaga est installée au Luxembourg. Cette Japonaise de 51 ans s’exprime dans un français quasi parfait pour raconter son histoire. Elle aurait pu être banale, une carrière dans la finance, deux enfants. «Je suis restée salariée pour les enfants, mais j’ai commencé à me questionner lors de la dernière année de lycée de ma fille». Elle profite d’un licenciement avantageux dans le secteur bancaire pour se lancer, en estimant que «les planètes étaient alignées». Sa première préoccupation est de connecter les femmes japonaises avec les entreprises qui veulent embaucher, dans un pays où les femmes actives sont encore peu nombreuses: «Le Japon a 30 ans de retard», explique Yuki Tokunaga. L’idée est de proposer des cours online avec des conseils sur la carrière, la vie quotidienne pour concilier travail et vie de famille. En 2018, elle lance «Parisian dojo» à Paris, où là aussi elle vise la communauté japonaise avec une série de mini conférences dans différents ateliers d’artiste afin de créer une communauté. 

Puis à Luxembourg elle rejoint en janvier 2019 le Founder’s Institute, dans l’idée de structurer son projet. «J’avais besoin d’être poussée», raconte-t-elle. Chaque semaine, elle doit «pitcher» son projet devant un jury. Une expérience qui lui a beaucoup appris: «J’ai fait un test de personnalité et j’ai un caractère d’entrepreneuse, je n’y avais jamais pensé!». Après avoir quitté son emploi, elle passe trois mois devant son ordinateur, concentrée: «J’ai appliqué la philosophie du dojo, le corps et l’esprit en phase».

Un lieu d’échanges

Le programme du Founder’s Institute implique de monétiser ses idées. Cela pousse la jeune entrepreneuse à développer sa plateforme pour les femmes, «notre indépendance financière est fondamentale», insiste Yuki. C’est comme cela que «Working Princess» est née, une plateforme dédiée aux professionnelles en ciblant plus particulièrement les Japonaises. A travers des événements payants, «cela permet de filtrer les personnes toxiques», Working Princess se veut un lieu d’échanges pour créer une communauté dans un environnement sûr. «Quand il y aura suffisamment de contenus, il y aura un système abonnement», précise-t-elle. Pour le moment, Yuki Tokunaga finance elle-même son projet, un choix assumé: «Je ne veux pas d’influence extérieure, je veux pouvoir choisir mes investisseurs, en 2021».  

Cette expérience a été jusque-là plus que bénéfique pour l’entrepreneuse: «Que ce soit le Paris Dojo ou le programme du Founder’s Institute, cela a ouvert mon horizon, j’ai pu rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontré autrement. Cela m’a sorti de ma zone de confort». Et comme elle converse avec beaucoup de Japonaises à travers le monde, la crise du COVID-19 n’a pas foncièrement changé les habitudes: «J’avais anticipé cette crise finalement, car avec le digital on se rapproche. Evidemment, rien ne remplace les vraies rencontres, mais le COVID-19 a changé les priorités». Finalement, l’entrepreneuse s’est bien accommodée du décalage horaire: «l’apéro brunch via Zoom à Luxembourg, c’est un petit-déjeuner aux Etats-Unis alors que c’est l’apéro du soir au Japon». D’ailleurs si la première audience de Yuki Tokunaga sont les Japonaises, elle compte ouvrir sa plateforme avec des contenus en anglais, «car ce sont des problématiques universelles».  

En plus de sa plateforme à Luxembourg, Yuki Tokunaga était en train de monter sa société au Japon pour organiser des événements autour du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, annulée cette année à cause de la pandémie. Elle compte à la rentrée lancer également la distribution de parfums haut-de-gamme au Luxembourg pour générer du revenu avant que sa plateforme ne décolle. Les idées ne manquent pas.