LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La Commission européenne a réduit jeudi ses prévisions économiques

La Commission européenne a revu jeudi à la baisse ses prévisions de croissance pour 2019 et 2020, en raison d’un environnement extérieur «beaucoup moins favorable» et anticipe pour l’UE «une période prolongée de moindre croissance et de très faible inflation». Bruxelles prévoit désormais une croissance de 1,1% du PIB en 2019, contre 1,2% lors de ses prévisions d’été, puis 1,2% en 2020 contre 1,4% précédemment. En 2021, la croissance devrait aussi atteindre 1,2%.

«Les fondamentaux de l’économie européenne sont solides: après six années de croissance, le chômage dans l’UE est à son niveau le plus bas depuis le début du siècle et le déficit agrégé est inférieur à 1% du PIB», a commenté Pierre Moscovici, commissaire pour les Affaires économiques et financières, la fiscalité et les douanes.

La Commission souligne que la création d’emplois «a fait preuve d’une étonnante résilience». De 7,6% cette année, le taux de chômage devrait baisser à 7,4% l’an prochain avant 7,3% en 2021 dans la zone euro.

En revanche, l’inflation devrait demeurer faible avec 1,2% en 2019 et 2020, avant 1,3% en 2021 pour la zone euro. Clairement, ce taux demeure éloigné de l’objectif de 2% affiché par la Banque centrale européenne qui devrait poursuivre sa politique monétaire accommodante.

Le Luxembourg au-dessus de la mêlée

Du côté des risques, Bruxelles souligne que l’environnement extérieur est devenu moins favorable. «Nous pourrions rencontrer des difficultés à l’avenir: une période de grande incertitude liée aux conflits commerciaux, à l’accentuation des tensions géopolitiques, à la faiblesse persistante du secteur manufacturier et au Brexit», a avancé Valdis Dombrovskis, vice-président pour l’euro et le dialogue social, également chargé de la stabilité financière, des services financiers et de l’union des marchés des capitaux.

Le Luxembourg apparaît toujours au-dessus de la mêlée avec des indicateurs certes en légère décroissance mais toujours d’un niveau supérieurs à la moyenne européenne. Ainsi la croissance du PIB est attendue à 2,6% cette année contre 3,1% estimés pour 2018. Du côté de l’emploi, sa hausse autour de 3,7% demeure le rythme le plus élevé depuis la crise mais Bruxelles anticipe un ralentissement dès l’an prochain, sans pour autant affecter le taux de chômage qui devrait se maintenir à 5,3%. L’inflation devrait descendre à 1,7% cette année puis 1,6% en 2020 et 1,9% en 2021, entre ralentissement des prix de l’énergie et gratuité des transports publics. L’exécutif européen pointe aussi que l’achat de l’avion militaire luxembourgeois devrait peser sur l’investissement public. Le surplus devrait baisser de 1,4% l’an prochain.

Il n’empêche, le ratio de la dette sur le PIB est attendu en baisse de 21% à 19,6% cette année.

Berlin et Rome dans le viseur

Dans le contexte d’une croissance mondiale «vouée à rester atone», la Commission considère que l’activité en Europe dépendra de «la vigueur des secteurs plus particulièrement tournés vers le marché intérieur». Pour cela, elle invite comme à l’accoutumée les Etats membres qui le peuvent, à mettre en place des mesures budgétaires de soutien, un appel à peine voilé à l’Allemagne ou encore aux Pays-Bas, rares membres de la zone euro à bénéficier d’une telle capacité. Mais l’Allemagne est aujourd’hui particulièrement touchée par la contraction du secteur manufacturier en raison de la part élevée de l’industrie dans son économie et ses exportations. Et sa croissance reste, en conséquence, plus faible que la moyenne de la zone euro: 0,4% en 2019, puis 1,0% en 2020 et 2021. L’Italie inquiète particulièrement, car sa dette déjà importante en 2019 (136,2% du PIB) devrait, selon Bruxelles, augmenter en 2020 (136,8%) et 2021 (137,4%). Ces chiffres sont plus élevés que ceux des dernières prévisions de la Commission au printemps.