DELHIM RAMESH (HINDU BUSINESS LINE)

Inde: une initiative enthousiaste du gouvernement ranime le mouvement des panneaux solaires

L’Inde, par la ratification de l’Accord de Paris sur le Changement Climatique, s’engage à réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre, et l’un des canaux pivots pour atteindre ces objectifs géants est l’utilisation de centrales solaires. L’expérience de l’Inde dans ce cadre illustre comment même des problèmes épineux peuvent être résolus par une pensée novatrice soutenue par une volonté politique. L’Inde a une bonne réputation dans l’installation des centrales solaires - 8 GW en six ans, et probablement 8 GW en plus dans un an - mais son bilan des installations solaires sur les toits est relativement pauvre. Contre un objectif de 40 GW d’installations sur les toits en 2022 (qui fait partie de l’objectif global de 100 GW fixé par le gouvernement central) l’Inde compte aujourd’hui seulement 1 GW d’installations sur les toits.

Ceci est un grave échec. Vu que les installations sur les toits génèrent de l’électricité juste au point de consommation, elles éliminent la nécessité de transmettre, qui à son tour, permet de réduire la perte d’énergie. En outre, elles donnent aux propriétaires une indépendance des sociétés de services publics et leur épargnent les hausses tarifaires.

Un potentiel énorme

Le potentiel de l’Inde dans ce domaine est énorme. L’installation de ces panneaux seulement sur les toits des établissements scolaires et des bâtiments des usines peut aider à produire 40 GW. Le ministère des Energies nouvelles et Renouvelables de l’Inde estime le «potentiel du marché» à 124 GW, cependant il affirme que le «potentiel technique» est beaucoup plus élevé, à 352 GW. L’électricité à partir des installations sur les toits serait moins chère pour les établissements scolaires et les usines que celle qu’ils se procurent auprès des entreprises des services publics - et celle des générateurs au diesel qui interviennent durant les fréquentes pannes de courant. Alors pourquoi les panneaux sur les toits n’ont-ils pas eu une traction suffisante? La raison est la mauvaise situation financière des entreprises de services publics. En Inde, la plupart des sociétés de services publics d’électricité sont la propriété des gouvernements provinciaux. Les impératifs politiques et sociaux ont conduit les gouvernements à fournir de l’énergie à moindre coût, ou même gratuitement, aux pauvres et aux agriculteurs. Ces pertes sont subventionnées par des tarifs plus élevés pour les établissements commerciaux et industriels. Malgré cela, la plupart des services publics sont ruinés. Pour conserver leurs clients payants, les entreprises de services publics découragent ces établissements d’installer des centrales solaires sur les toits - en refusant de leur racheter leur surplus d’énergie.

Dans l’Etat du Tamil Nadu, par exemple, la société de distribution («Discom») ne rachète pas le surplus d’énergie des installations solaires sur les toits des industries et établissements scolaires. D’autres États rachètent l’électricité excédentaire jusqu’à un plafond, disons, de 1 MW. Être coincé avec un surplus invendable rend incertaine la rentabilité des centrales solaires pour ces collèges et ces usines. «Discom voit les installations solaires sur les toits comme une “concurrence”» observe Ketan Mehta, CEO de «Rays Power Infra», qui possède des centrales solaires et construit des installations pour les autres. «Le stockage» est une réponse évidente, mais c’est aussi une proposition coûteuse.

Le gouvernement central reconnaît que sans 40 GW à partir des toits, il serait impossible d’atteindre l’objectif de 100 GW d’énergie solaire d’ici 2022. L’Inde s’est engagée durant la Conférence sur le Changement Climatique à Paris de faire en sorte que d’ici 2030, 40% de l’énergie consommée dans le pays provienne de sources de combustibles non fossiles. Cela nécessiterait environ 320 GW de capacité d’énergie renouvelable, alors les installations solaires ont un rôle-clé, même au-delà de 2022. Upendra Tripathy, Secrétaire au ministère des Energies nouvelles et Renouvelables, affirme que le gouvernement a promis d’indemniser Discom pour toute perte de revenus. Le bureaucrate n’a pas précisé, mais les fonds pour ces compensations pourraient provenir du Fonds National de l’Energie Propre, qui repose sur la collecte d’une taxe sur chaque tonne de charbon extrait ou importé. L’industrie suggère aussi que les propriétaires de installations sur les toits pourraient être appelés à payer des frais aux services publics. Parallèlement à tout cela, le gouvernement fédéral pense également à fournir des fonds aux gouvernements des Etats et des prêts moins chers à Discom.

Vu le sérieux manifeste dans les intentions du gouvernement, on s’attend à ce que le programme des installations solaires sur les toits connaisse une croissance plus dramatique. La couverture nuageuse qui noircit l’industrie, ainsi que la contribution de l’Inde à atténuer le changement climatique, se dégage, et un rayon de soleil se profile.