LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La Chambre de Commerce organisait vendredi une conférence de préparation au Brexit

A quelques semaines à peine de la fatidique sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, tout est encore possible: accord, absence d’accord? La Chambre de Commerce organisait vendredi une grande conférence sur les conséquences du Brexit pour les entreprises. Le Luxembourg se prépare à toutes les éventualités, et les administrations sont prêtes à répondre aux sociétés qui se poseraient des questions.

Car, «les liens économiques sont beaucoup plus importants que l’on ne pensait», estime Philippe-Emmanuel Partsch, associé chez Arendt & Medernach.

Ainsi les ramifications directes ou indirectes avec le Royaume-Uni sont quasi partout dans les relations commerciales. Des choses simples et quasi naturelles jusque-là pourraient potentiellement devenir très compliquées après le 29 mars, surtout en cas de «no deal».

Si les Britanniques arrivent à arracher un accord, une période de transition s’appliquera alors, les entreprises pourront souffler jusque fin décembre 2020.

Les problématiques sont nombreuses pour les firmes. A voir la foule venue à cette conférence vendredi, la Chambre de Commerce a visé juste pour nombre d’entreprises basées au Luxembourg qui font des affaires avec le Royaume-Uni, ou qui emploient tout simplement des citoyens britanniques.

Une «charge émotionnelle»

Pierre-Jean Estagerie, associé chez Deloitte, a mis en place un plan d’action avec les ressources humaines qui ont établi trois types d’employés potentiellement touchés par le Brexit: les citoyens Britanniques, les détachés de Deloitte UK et les employés de Deloitte Luxembourg envoyés au Royaume-Uni, en plus de ceux qui se rendent régulièrement outre-Manche pour des voyages d’affaires.

Mais finalement, le consultant reste optimiste: «L’impact devrait être relativement limité. Nous avons des bonnes explications sur le site du ministère des Affaires étrangères et de la Sécurité sociale. C’est plutôt une charge émotionnelle pour certains de nos employés, je pense à celui qui a sa famille britannique toujours à Londres, il se demande s’il sera toujours aussi facile à l’avenir d’aller les voir en weekend et pendant les vacances. Mais nous avons 73 nationalités, nous sommes habitués à surmonter les obstacles».

Pour d’autres entreprises, les cas sont plus concrets dans le fonctionnement quotidien de la structure. Un panel de différentes sociétés était présent vendredi pour exposer leur situation - qui peut résonner pour d’autres. Ainsi, les transports routiers Arthur Welter sont en première ligne en cas de «no deal» et de passage de frontière compliqué: «Ce sera difficile d’anticiper les bouchons. Mais nous avons commandé six licences additionnelles pour faciliter les choses. Nous avons aussi un bureau à Bruxelles avec du personnel pour les douanes. On aurait pu le fermer car sans le Brexit, ce n’est pas très utile, mais aujourd’hui non seulement nous gardons ce personnel, mais nous envisageons de le renforcer», estime Ben Frin, directeur financier chez Arthur Welter.

Si l’entreprise n’emploie pas vraiment de chauffeurs britanniques, la charge administrative est déjà assez lourde comme ça, pas besoin de Brexit pour alourdir encore la tâche, ajoute Ben Frin.

Du stock avant le 29 mars

Si d’aucuns se préparent, chez Hopes Luxembourg il a fallu prendre des décisions pour anticiper les conséquences du Brexit. Cette société de logiciels spécialisés pour salariés a dû séparer ses données britanniques et européennes, à l’aide de différents serveurs: «Nous nous sommes dotés d’un serveur au Royaume-Uni pour les données de nos clients britanniques, en plus du serveur qui se trouve au Luxembourg pour toutes les données liées à nos clients de l’Union européenne», explique Christophe Antoine, directeur financier de Hopes Luxembourg. «Nous avons des pistes pour diversifier nos fournisseurs, mais quant à une installation éventuelle outre-Manche, nous attendons d’en savoir un peu plus», ajoute-t-il. L’industriel Morganite Luxembourg a demandé à ses clients de faire du stock avant le 29 mars, histoire de voir venir en cas de «no deal», et Emmanuel Frieres, contrôleur financier, s’inquiète plutôt du support des administrations pour les employés de nationalité britannique.

Les administrations luxembourgeoises se préparent donc aux deux scénarios possibles, accord ou sans accord. Une adresse email dédiée a été mise en place en cas de question: brexit@do.etat.lu

Mais Stephan Chies, des Douanes et Accises se veut rassurant: «En cas d’importation du Royaume-Uni, les formalités se feront vers le point de destination finale, même si les produits transitent via un autre pays de l’Union européenne. Pour les exportations, toutes les formalités se feront au départ de Luxembourg».

Quant aux travailleurs détachés, Carine Pigeon du ministère de la Sécurité sociale stipule qu’en cas de «no deal», la sécurité sociale britannique s’appliquera alors pour un travailleur détaché du Luxembourg, même si ce dernier sera toujours affilié à son régime luxembourgeois, pour des séjours de moins de 24 mois. Les travailleurs détachés venant du Royaume-Uni seraient eux automatiquement affiliés à la Sécurité sociale luxembourgeoise, comme pour les autres travailleurs. En cas d’accord, la période de transition jusque fin 2020 permettra de limiter les changements durant cette période.