LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le Luxembourg garde le cap dans une économie mondialisée dégradée

Si le Luxembourg va arriver à garder son cap de croissance de 3% pour 2019 et 2020, c’est loin d’être le cas pour le reste du monde car l’économie globale est en train de se dégrader, a noté jeudi le Statec lors de la présentation de sa note de conjoncture. La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis n’a pas fini de faire des dégâts. Depuis 2018, le commerce mondial a ralenti en partie suite à ces tensions croissantes entre les Etats-Unis et ses principaux partenaires, notamment la Chine. Par effet de dominos, l’Europe se trouve aussi à ressentir les effets de ces tensions. De fait, les perspectives pour la zone euro se sont assombries pour cette année. La demande intérieure, et la consommation privée en particulier, constituera le principal facteur de soutien à la croissance. L’expansion devrait être un peu plus forte en 2020 estime le Statec, sous l’effet d’une contribution améliorée des échanges extérieurs. Evidemment, ce scénario est plutôt optimiste, puisqu’il repose sur un apaisement des tensions commerciales, ce qui est pour le moment encore incertain.

Du côté du Luxembourg, le pays enregistre une croissance de 3% depuis 2018, principalement portée par les services non-financiers. Mais les éléments extérieurs assombrissent quelque peu le tableau pour cette année. Le Statec prend en effet compte d’une activité moins dynamique sur la fin d’année, ainsi que la dégradation du contexte économique mondial, surtout en Europe, dont le pays est tributaire. Dans ce contexte, le Statec table sur une croissance de 2,7% pour l’année 2019, alors que le pays pointait encore à 3% à l’automne.

Faire face à la tempête économique mondiale

Bonne nouvelle, ce sont les services non-financiers et la consommation, toujours soutenue par les ménages luxembourgeois, qui maintiennent la croissance du pays pour cette année, mais également pour 2020 estime le Statec. Tout ceci est en lien avec un marché de l’emploi dynamique, un chômage faible ainsi que des gains salariaux. Les investissements devraient également rebondir. C’est donc grâce à la conjoncture domestique que le Luxembourg devrait faire face à la tempête économique mondiale, pour le moment en tout cas. Si cette tempête mondiale se calme, le Statec mise sur une croissance de la demande extérieure, ce qui pourrait conduire à reprendre une croissance autour des 3% au courant de l’année 2020.

Pour ce qui est des prix, ils ont accéléré plus rapidement au Luxembourg que dans le reste de la zone euro. L’inflation, à 2%, est poussée par certains éléments volatils comme les produits pétroliers et les aliments non-traités. Elle se maintient pourtant à ce niveau du fait de pressions sous-jacentes. Contrairement à la zone euro, les prix des services sont très dynamiques et traduisent l’accélération des salaires. Ces derniers sont en hausse en zone euro, ils sont portés au Luxembourg par les secteurs financiers et des services aux entreprises. La hausse salariale prévue jusqu’en 2020 sera principalement soutenue par les effets de l’indexation automatique, note le Statec.

Le secteur financier et la construction épargnés

Même si le marché du travail est dynamique, le Luxembourg suit néanmoins la tendance de la zone euro sur ce secteur, et une légère baisse de la création d’emplois a été notée en fin d’année 2018. Ce ralentissement touche quasiment toutes les branches, sauf le secteur financier et celui de la construction. Si le chômage était en baisse continue depuis quatre ans, on note une reprise depuis le mois de janvier dernier. Mais le Statec explique ces chiffres par les modalités induites par l’introduction du nouveau Revis (revenu d’inclusion social). Pour le Statec, ce freinage récent de l’emploi ne devrait pas avoir d’incidence notable sur le taux de chômage.

De fait, l’Etat peut se frotter les mains car cette bonne tenue conjoncturelle s’est traduite dans les caisses. Ainsi, sur la fin 2018 et début 2019, l’Etat a noté une accélération des encaissements d’impôts sur les sociétés, ce qui a logiquement fait bondir les recettes. Malheureusement, toute bonne chose a une fin et le Statec prédit que ce phénomène devrait à terme s’estomper. Après +9,1% en 2018, les recettes de l’Etat devraient ralentir en 2019 (+6,6%), avec un net freinage prévu pour 2020, soit une augmentation de seulement 3,3%. Du côté des dépenses, l’Etat a été raisonnable, puisque les dépenses publiques n’ont guère accéléré en 2018, progressant toujours à un rythme légèrement inférieur à 7%. En 2019 et 2020, elles devraient même ralentir à quelque 5% par an. Le Statec juge ainsi les finances publiques saines sur l’horizon de prévision. Après un excédent de 2,4% du PIB en 2018, le solde public se rapproche de 3% en 2019, avant de retomber à 2% l’année prochaine.