LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La scale-up Edebex permet aux entreprises de vendre

En cinq ans d’activité, Edebex a déjà vendu pour plus de 300 millions d’euros de factures en ligne. La scale-up (entendez par-là start-up mature) permet aux PME de disposer rapidement des liquidités nécessaires en vendant leurs créances commerciales à des sociétés disposant d’un excès de trésorerie. L’an dernier, l’entreprise active sur cinq marchés dont celui du Luxembourg a presque atteint les 5 millions d’euros de chiffre d’affaires et l’équilibre budgétaire. Son taux de croissance globale s’affiche à 83% avec un pic à 95% au Luxembourg. Rencontre avec son fondateur et CEO, Xavier Corman.

Comment vous est venue l’idée de créer Edebex?

 

 

XAVIER CORMAN A la base, j’accompagnais les entreprises en gestion financière, c’était entre 2008 et 2011. J’avais deux types de clients: ceux qui avaient du mal à payer les factures et ceux qui avaient peur que leur banque fasse faillite et qu’elle perde leur trésorerie. La chose la plus simple à vendre pour une société, ce sont ses créances commerciales. C’est donc un double problème observé sur le terrain qui m’a poussé à fonder Edebex.

D’un point de vue règlementaire, est-ce que votre société n’empiète pas un peu sur les plates-bandes des banques?

CORMAN On n’est pas du tout sur un emprunt ou un crédit mais sur la cession d’un actif. Cet actif passe d’un propriétaire à un autre. L’acheteur acquiert la facture ainsi que le risque qui est inclus dans le prix de vente. C’est un transfert de risque.

Votre modèle d’affaires est porté par le contexte actuel de taux bas qui force les entreprises à alléger leur trésorerie. Que ferez-vous le jour où les taux remonteront?

CORMAN Notre système est une plateforme de marché avec d’un côté des gens qui vendent des factures et de l’autre, des gens qui en achètent. Le contexte de taux bas fait que les entreprises sont plus enclines à investir et à emprunter parce que cela coûte moins cher. Mais ce n’est pas parce que le crédit n’est pas cher qu’on y a facilement accès. On est plutôt sur un marché difficile parce qu’il y a beaucoup de liquidités en ce moment mais les conditions d’octroi des crédits sont resserrées. L’équilibre se fait naturellement: si les taux montent, les entreprises vendent leurs factures plus chères. Bref, si les taux montent, c’est bon pour nous.

Vous dites que le marché est difficile. D’ailleurs, l’un de vos concurrents actif dans le sud de l’Europe s’est vu forcé de cesser ses activités. Comment expliquez-vous cela?

CORMAN Notre concurrent a fermé parce qu’il a subi un gros impact d’une escroquerie. Il y avait là un problème de fraude.

Vous voulez dire qu’il peut y avoir des fausses factures mises en vente?

CORMAN Il peut s’agir l’émission de fausses factures ou de vol d’identité. Nous avons développé en interne des outils pour détecter la fraude. Nous sommes assez peu impactés par la fraude et on ne pense pas, à l’heure actuelle, être impacté par un cas de fraude systémique. Nous disposons d’un algorithme qui analyse jusqu’à 150 éléments sur chaque facture et débiteur. L’outil génère un jugement: soit il valide, soit il refuse, soit il demande des éléments complémentaires car il a des doutes. C’est cet algorithme qui fait la richesse d’Edebex.

En 2018, vous avez atteint pour la première fois en cinq ans l’équilibre budgétaire. Quels sont vos objectifs pour 2019?

CORMAN En 2019, on va consolider la croissance. On ne va pas doubler la croissance en volume mais on vise une croissance similaire à celle de 2018. On voit que la demande est là. Nous n’irons pas vers un sixième pays en 2019, mais nous allons nous développer sur la connexion à des sites partenaires. Nous avons un nouveau système informatique pour la connexion à d’autres plateformes pour offrir des solutions à des services de facturation en ligne et des «marketplaces» B2B. On a aujourd’hui une grande connexion avec un logicien de facturation au Portugal: cela va être une manière de croître.

Votre start-up est née à Bruxelles mais présente à Luxembourg. Combien de salariés y comptez-vous?

CORMAN Nous avons un collaborateur à temps plein au Luxembourg qui nous représente.

Quel est le profil des entreprises qui font appel à vos services ?

CORMAN Ce sont plutôt des PME ou des TPE qui ont des gros clients au Luxembourg, surtout celles actives dans la construction, les services aux entreprises et l’IT. Voilà les trois secteurs qui ressortent au Luxembourg. Ce sont des métiers où la trésorerie est un point très important avec des conditions de paiement pas optimales de la part des donneurs d’ordre.


edebex.com