LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le producteur grec de yaourts abandonne son projet d’usine au Luxembourg

Ce feuilleton industriel a connu hier son épisode final. Après des mois de tergiversations, de consultations publiques, de questions parlementaires, le groupe Fage a abandonné son projet d’implanter son usine de yaourts dans le zoning de Wolser près de Bettembourg et Dudelange. Le tout alors que l’Etat avait préempté un terrain pour le vendre au groupe Grec. Ce dernier avait implanté sa holding dans le pays en 2012, la laiterie devant suivre pour apporter de la substance industrielle à cette installation. Le dossier Fage a ainsi pris hier une tournure politique avec des débats tournant autour de cette thématique à la Chambre des députés. 

L’information ayant été révélée par nos confrères de RTL, le ministre de l’Economie Franz Fayot a confirmé la nouvelle par voie de communiqué hier dans la journée, à la suite de questions parlementaires urgentes de la part du CSV et de l’ADR. Il indique ainsi qu’«en date du 17 septembre 2020, le groupe agroalimentaire FAGE a informé le ministère de l’Économie par courrier qu’il abandonne son projet de l’ordre de 277 millions euros pour construire une nouvelle unité de production de yaourt au Luxembourg supposée générer à terme environ 300 emplois. Lors d’une entrevue qui a eu lieu le lundi 21 septembre au ministère, les responsables de l’entreprise ont réitéré leur décision».  

Un coup dur alors que les procédures duraient depuis maintenant quatre ans... Le groupe aurait donc perdu patience dans une affaire qui avait plus lieu de feuilleton à rebondissements. Pour le ministre de l’économie, «le projet aurait contribué au développement du tissu économique régional souffrant de la crise actuelle. L’industrie nationale et européenne traversent actuellement une phase difficile qu’il convient de contrecarrer de manière déterminée. La préservation du tissu industriel existant et son renforcement par l’implantation d’activités industrielles nouvelles à la pointe du progrès technologique et environnemental demeurent plus que jamais une des priorités du ministère de l’Économie», a-t-il indiqué, alors que cette mauvaise nouvelle s’inscrit dans un contexte déjà morose pour l’industrie luxembourgeoise avec plusieurs annonces de plan sociaux comme chez ArcelorMittal et Luxguard.

La seule «bonne nouvelle» est que les responsables de Fage se sont engagés à rétrocéder le terrain dans la zone d’activité économique Wolser à l’État au prix d’acquisition, soit environ 30 millions d’euros, et qui devait encore être aménagé pour y accueillir une usine grosse consommatrice d’eau pour produire les quelque 80.000 tonnes de yaourts par an prévus. Le problème c’est que le gouvernement avait procédé à des investissements pour «préparer» le zoning à l’arrivée de Fage, «comme cela aurait été pour toute entreprise», avait répondu le ministre de l’Economie suite à une question parlementaire de la député déi gréng Josée Lorsché de la fin du mois d’août dernier. Toujours d’après le ministre, le gouvernement a déboursé à ses frais environ 1,2 millions d’euros un canal d’évacuation des eaux résiduaires allant des limites du terrain jusqu’à l’Alzette. Sans compter les études d’impact environnementales qui ont été réalisées, toujours sans que cela ne soit spécifiquement destiné à Fage, avait précisé le ministre dans sa réponse. L’opposition n’a pas attendu pour fustiger le gouvernement de ce fiasco, ainsi l’ADR a posé une question parlementaire urgente où le parti juge le projet «insensé» d’une fabrique de yaourt à Bettembourg qui est selon eux «définitivement hors de propos». L’ADR s’est dit hier dans un communiqué depuis le début contre le projet Fage à Bettembourg.

Le parti dénonce «cette fabrique de yaourts avec son énorme consommation d’eau, le grand danger pour l’environnement et surtout la pollution de l’Alzette, le tout dans le trafic de camions élevé attendu dans une région où il y a déjà beaucoup de congestion, n’était tout simplement pas opportun en tant que projet. Fage est donc un exemple de ce que la croissance ne devrait pas être: moins durable ne peut être planifiée».

Après l’abandon de la société Knauf, qui avait prévu la construction d’une usine de laine de roche, c’est un autre investisseur potentiel qui renonce à s’implanter au Luxembourg.