LUXEMBOURG
GENEVIÈVE KROL

«Nous sommes au bord d’une nouvelle crise mondiale du café». Alors que 2 milliards de tasses de café sont consommées par an, générant 200 milliards de dollars et que la consommation du breuvage a augmenté de 38% entre 2000 et 2018, les producteurs de café luttent toujours pour une vie décente. Geneviève Krol, directrice de l’ONG Fairtrade Lëtzebuerg, nous explique la situation.

«Depuis 2018, le prix du café, qui est côté à la bourse, fluctue énormément. Régulièrement, depuis septembre 2018, ce prix passe en dessous d’un dollar par livre, ce qui ne couvre plus les coûts de production et ce qui entraîne les producteurs dans la pauvreté. Un autre problème auquel sont confrontés les producteurs est le changement climatique. Sans une action forte pour limiter les conséquences du dérèglement climatique, à l’échelle mondiale, environ 50% des surfaces actuellement utilisées pour la culture du café seront trop chaudes et ne seront plus adaptées aux conditions pour produire du café d’ici 2050.

L’arrivée de la pandémie est un nouveau challenge pour les producteurs et a fait chuter les prix du café. Nous avons maintenant une volatilité des prix qui a un impact considérable sur les petits producteurs, aussi parce que dans le contexte du Covid-19, il y a eu une baisse de la demande. Rien que sur le marché luxembourgeois, le café Fairtrade consommé hors domicile a connu une baisse considérable, du fait que les gens ne se sont pas rendus au travail et qu’ils ne pouvaient pas aller au bistrot ou dans un restaurant. Même l’augmentation de la consommation à domicile n’a pas permis d’équilibrer cette perte, comme les chiffres de consommation du premier trimestre permettent de conclure.

Les producteurs de café sont confrontés à une augmentation des coûts de production à cause de la pandémie. Ces coûts, liés à l’achat de matériel de protection ou d’achat de tests Covid-19, ou bien encore liés à l’augmentation des coûts de transport, ne sont en règle générale pas pris en compte par les autres acteurs de la filière. Ce sont finalement des coûts supplémentaires à la charge des producteurs et des coopératives.  Au Honduras, les producteurs ont été découragés de récolter leur café à cause de la faiblesse des prix, de l’augmentation des coûts et de l’offre limitée de la main-œuvre en période de Covid-19. De son côté, le Brésil offre cette année une production de café en hausse et donc cela tire les prix du café vers le bas.

Dans le système Fairtrade, les producteurs sont toujours garantis d’avoir un prix minimum garanti. Peu importe ce qui se passe dans le monde, les producteurs regroupés dans des coopératives Fairtrade sont assurés d’avoir au minimum le prix Fairtrade, qui est actuellement 1,40 dollar/livre pour le café conventionnel et de 1,70 dollar/livre pour le café biologique. En fin de compte, c’est un filet de sécurité. Les coopératives reçoivent aussi une prime de développement (0,2 dollar par livre), qui est normalement utilisée pour des projets sociaux tels que la construction d’écoles ou des centres de santé. Lors du Covid-19, les coopératives ont utilisé ces fonds pour acheter tout le matériel de protection mais aussi pour venir en aide aux familles en situation de détresse.

En vue de la possibilité d’une deuxième vague, ces fonds doivent être reconstitués en augmentant les ventes du café Fairtrade. Au Luxembourg, nous avons maintenant un marché qui s’est bien développé. Sept torréfacteurs luxembourgeois proposent désormais du café Fairtrade. Le café Fairtrade torréfié par ceux-ci et vendu par les partenaires locaux représente 40% du marché du café équitable au Luxembourg. Selon un dernier sondage TNS Ilres, la qualité du café Fairtrade est jugée comme excellente voir très bonne par 62 % des personnes interrogées. La part de marché du café Fairtrade monte à 11%, ce qui est positif. Néanmoins, il faut continuer à élargir l’offre de café Fairtrade dans les supermarchés, dans la restauration locale mais surtout dans les entreprises. Les responsables devraient avoir le courage de n’offrir que du café Fairtrade à leurs employés. Ça fait aussi partie de leur devoir de mettre le critère «équitable» dans leur appels d’offre.»