LUXEMBOURG
TRACY HEINDRICHS

L’égalité des sexes au coeur du nouveau single de Nicool, «Stolz»

Des tons rose et bleu pastel, l’apparence d’une campagne ministérielle, des graphiques fluides et mignons; au premier abord, «Stolz» n’a pas grand-chose d’un clip de hip hop. Et pourtant, punchline après punchline, Nicole Bausch, alias Nicool, pratique une chirurgie de la langue luxembourgeoise, démontrant jusqu’où les stéréotypes envers les hommes et femmes sont ancrés dans notre culture et société. Rencontre avec une artiste qui utilise humour et écriture pour adresser des sujets qui blessent.

Quelles problématiques adresses-tu dans «Stolz»?

Nicool J’ai voulu parler des inégalités que non seulement les femmes, mais aussi les hommes subissent dans la vie de tous les jours. Certes, c’est un sujet dont on parle de plus en plus, mais les femmes sont souvent mises dans la position de victime alors que les hommes sont niés.

Je voulais que mon texte soit représentatif de l’égalité que je promeus dans ma chanson, du coup, j’adresse autant le fait que, par exemple, les femmes sont jugées pour leur émotions et que les hommes n’ont pas le droit de les montrer. J’ai collectionné les avis et histoires de plein d’ami.e.s au Luxembourg, et ai ajouté mon propre vécu pour écrire le texte.

Dans ton album «Ufank vum N», tu parles surtout de ta vie privée. Ici, tu touches à un sujet plus large. Penses-tu aller vers le rap conscient?

Nicool Je pense que ce qui est surtout important pour moi, c’est de faire du rap avec un message. C’est important d‘être critique de son environnement. Évidemment, je rêve de changer un peu la perspective des gens avec mes textes. Je pense tout ce que je dis, mais j’utilise l’humour comme outil pour garder une distance et montrer que ma vérité n’est que la mienne et non pas une vérité absolue. Je pense que dans le cas de «Stolz», en utilisant l’humour, je parviens à remettre en question la discrimination des hommes et femmes. Moi-même et beaucoup de femmes dans mon entourage direct ont vécu des discriminations et agressions. Je pense que le mouvement #MeToo a de l’importance et je veux y contribuer, non seulement en montrant les grosses injustices que les femmes subissent, comme le viol, mais aussi en pointant du doigt les petites choses de tous les jours qui s’accumulent sans que l’on ne les questionne.

Est-ce que «Stolz» fait partie d’un plus grand projet?

Nicool Pour l’instant, ça reste un single, mais je ne vais plus faire de concerts pendant quelque temps pour attaquer mon prochain projet et peut-être mon prochain EP. Ceci m’a évidemment poussée à me demander ce que je veux faire passer comme message au travers de ma musique.

Est-ce que tu t’identifies en tant que femme-artiste ou mets-tu cela de côté quand tu crées ta musique?

Nicool Au début, je me suis un peu vendue au cliché du hip hop en abandonnant mes aspects féminins sur scène. Lors des concerts je portais des gros pulls et des casquettes, mais avec le temps, j’ai commencé à changer mon style en accordance avec ma propre personne. Je mets ce que je veux aux concerts maintenant et je dois dire que je suis contente et fière d’avoir pu trouver ma place dans cette scène et de pouvoir me représenter telle que je suis. Après, jusqu’à présent, je n’ai pratiquement travaillé qu’avec des hommes, parce qu’il n’y a pas encore beaucoup de femmes dans ce milieu au Luxembourg. Mais ça ne veut pas dire qu’elles ne viendront pas bientôt.

Est-ce que c’est plutôt toi qui as gagné en confiance ou l’environnement qui a évolué?

Nicool Je ne pense pas que la scène ait beaucoup changé, mais je suis devenue plus à l’aise en jouant sur scène régulièrement. Évidemment, il y a eu des rumeurs disant que je ne recevais que des vues sur mes titres parce que je suis une femme, et que je n’avais que mes opportunités grâce au «quota». Mais je pense que c’est un problème au Luxembourg: il y aura toujours des gens qui ne sauront pas être contents pour toi et qui ne sauront que dire du mal de toi.

Comment te sens-tu quand les médias te parlent encore et toujours de ton rôle de femme et non pas simplement d’artiste?

Nicool Évidemment que ça m’énerve par moments. C’est toujours «Tu es une femme et tu fais du hip hop, et non pas: tu fais du hip hop et il se trouve que tu es une femme.»Je trouve ça dommage d’être réduite à mon genre alors que je suis surtout et avant toute chose une artiste. Mais je pense que je dois aussi m’adapter au fait que c’est tout simplement neuf dans ce pays et que le changement viendra avec le temps.

Tu as mentionné le quota féminin. Est-ce que tu trouves cela problématique en tant qu’artiste?

Nicool D’un côté, c’est vrai que c’est vexant quand les gens pensent que tu n’as eu le job que parce que tu es une femme. Mais d’un autre côté, si on prend la définition du «quota» comme il a été défini à la base, ça veut dire que toi, en tant que femme, as eu le job parce que tu as exactement les mêmes qualités que les autres candidats. A ce moment-là, pourquoi pas donner la place à la femme? C’est triste que le quota doive exister, mais comment est-ce que les choses pourraient changer autrement? Les années ont bien prouvé que rien ne changera si l’on n’en parle pas. Ce n’est peut-être pas la meilleure façon de faire les choses, parce que le «quota» n’est pas toujours utilisé correctement, mais au moins ça permet de donner une voix aux femmes qui n’en ont pas eu pendant longtemps. Je pense cependant que le problème de l’inégalité des sexes doit être résolu à la racine, en commençant par l’éducation des enfants. Mais bon, je n’ai pas la solution absolue au problème. En attendant, j’espère qu’avec «Stolz», j’arriverai quand même à pousser les gens à la réflexion.

«Stolz» de Nicool est accessible sur Youtube et Spotify. Pour plus d’informations sur Nicool, sur Facebook @Nicool ou Instagram @nicoool4life!