LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

L’agence Europol est opérationnelle depuis 20 ans

L’union fait la force. Aussi et surtout dans la lutte contre la criminalité qui revêt une dimension européenne bien avant que les autorités de police nationales vient réussi à mettre en place une collaboration efficace. Ce fut chose faite le 1er juillet 1999 quand l’agence Europol fut pleinement opérationnelle à La Haye. Equipée de son propre personnel et de ses spécialistes, en contact étroit avec les autorités nationales, l’agence, qui est par ailleurs en mesure de négocier des accords bilatéraux avec des pays tiers et des organisations internationales, est une arme de pointe contre le terrorisme, le trafic de drogues, le blanchiment d’argent, la fraude organisée, la contrefaçon d’euros, le trafic d’humains, mais aussi la cybercriminalité. L’idée de combiner les forces des autorités policières européennes s’est répandue dès la fondation de la Communauté. Mais cette coopération fut longtemps informelle. Dans les années 1970, face à la menace terroriste, naquit le groupe Trevi, fondé par les ministres des Affaires intérieures et de la Justice.

Lëtzebuerger Journal

Helmut Kohl et l’agence de police européenne

Au fur et à mesure, ce groupe informel s’occupa aussi d’autres aspects de la criminalité transfrontalière et les voix pour le formaliser devinrent plus nombreuses. Ce fut le chancelier allemand Helmut Kohl qui, en 1991, se porta fort pour une agence de police européenne selon le modèle du FBI américain. En 1992, le «European Police Office» fit son entrée dans le traité de Maastricht et le 29 octobre 1993, le Conseil européen décida de fixer le siège d’Europol à La Haye, connue mondialement comme siège d’autorités judiciaires internationales comme la Cour de Justice internationale. A noter que la ville néerlandaise accueille aussi depuis 2003 Eurojust, l’agence européenne pour la coopération judiciaire. Europol prit ses quartiers en 1994 dans une ancienne école catholique occupée précédemment par les services secrets néerlandais. Le premier département à prendre forme fut celui consacré à la lutte contre la drogue en 1994.

Démarrage à une époque agitée

Mais le statut et les missions d’Europol restaient à fixer. Elle le furent dans la Convention Europol signée en 1995 et entrée en vigueur après ratification par les pays membres le 1er octobre 1998. Ce fut une époque marquée par la grande instabilité dans les Balkans. L’éclatement de la Yougoslavie apporta outre un flot de réfugiés, également une recrudescence du trafic de drogues depuis le Sud de l’Europe et des nouvelles bandes criminelles. Ce fut aussi l’époque de la diffusion grand public d’Internet et des premières arnaques sur ce réseau utilisé depuis lors pour la diffusion de contenus illicites, notamment pédopornographiques.

De 144 à 1.294 collaborateurs

Europol s’étoffa au niveau technologique, mais aussi personnel pour renforcer la lutte contre ces phénomènes. De 144 collaborateurs en 1999, l’agence passa à 634 en 2009 pour atteindre 1.294 en fin d’année 2018 dont 243 officiers de liaison de pays membres et de pays tiers. Le premier officier de liaison non-européen arriva d’ailleurs en 2002 de Norvège. Aujourd’hui, 16 pays hors UE sont présents chez Europol, la plus grande délégation est, avec 29 personnes, celle des Etats-Unis. Le budget 2019 d’Europol s’élève à quelque 141 millions d’euros.

LIAISON ENTRE EUROPOL ET LA POLICE GRAND-DUCALE

Des milliers de messages par an

Comment fonctionne en pratique la liaison entre Europol et la Police grand-ducale? Elle dispose d’un côté d’un officier de liaison chez Europol à La Haye, de l’autre, la Police compte une unité Europol. Mais dans quelle situation, cette collaboration se déclenche-t-elle? Europol dispose d’un côté d’un canal de communication appelé SIENA (Secure Information Exchange Network Application), qui permet l’échange sécurisé de données ou d’informations dans le cadre d’affaires criminelles entre les Etats membres, Europol et des parties tierces dans l’objectif de combattre et de prévenir le crime organisé, le terrorisme ou bien toute sorte de criminalité organisée en accord avec l’article 3 de la décision du Conseil européen. De l’autre côté, il est possible d’organiser avec le support d’Europol des JIT (Joint investigation Teams). L’échange d’informations est en tout cas animé: selon la Police 9.240 messages ont été échangés par SIENA en 2018, soit environ 36 messages par jour. A noter qu’une requête ou une réponse peut donner lieu à plusieurs messages se rapportant à différents groupes d’infractions. Le nombre de messages SIENA augmente d’année en année.