LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Dès le 1er mars 2020, les transports publics seront gratuits… ou presque

La mesure est attendue, à tel point qu’un embouteillage de journalistes s’est formé lundi matin à l’entrée du ministère de la Mobilité et des Travaux publics: les transports en commun gratuits seront réalité dès le 1er mars 2020, a confirmé François Bausch.

«C’est une mesure sociale importante, c’est la cerise sociale sur le gâteau d’une stratégie globale pour une offensive multimodale», a souligné l’élu vert pour qui «la gratuité des transports publics ne constituera pas la panacée pour faire basculer tous les usagers sur le transport public, nous le savons très bien».

Ce cocktail entre enthousiasme et prudence caractérise bien l’approche du ministre.

D’un côté, les transports publics nationaux financés par l’Etat sur le territoire luxembourgeois deviendront gratuits. Il s’agit des trains CFL, de Luxtram, des bus RGTR et des bus TICE. Mais de l’autre côté, pour les bus gérés par les municipalités, chacune devra se prononcer. Pour la capitale, «c’est clair, ça sera gratuit», a déclaré au «Journal» l’échevin de la Mobilité, Patrick Goldschmidt. 40 millions de voyageurs utilisent chaque année les 32 lignes de la Ville de Luxembourg. Quant aux autres communes, «je ne peux que recommander à tous de participer», a exhorté François Bausch.

Autre nuance importante: pour les usagers du train, la gratuité ne concernera que la 2ème classe. La 1ère classe restera payante à 660 euros par an soit 75 euros par mois. Une raison de conserver les infrastructures existantes comme les composteurs de billets et les automates de vente, a souligné le ministre. Par ailleurs, les voyageurs seront tenus de voyager avec une carte d’identité.

Quant aux frontaliers qui se rendent au Grand-Duché en transports publics, ceux-ci resteront payants pour le trajet dans leur pays de résidence mais François Bausch tempère: «Il y aura une réduction considérable» du coût.

Investissements et adaptations

Si la mesure n’est pas en application pour demain, elle a déjà fait parler d’elle. «Je ne m’attendais pas à cette retombée au niveau mondial», a reconnu le ministre. «Pour moi, c’est extrêmement positif si le Luxembourg peut jouer ce rôle, de parler de la gratuité des transports mais aussi d’aller plus loin: engager la question sur la réorganisation de la mobilité».

Cette gratuité a néanmoins un coût pour l’Etat: 41 millions d’euros par an, financés par les impôts, a dit François Bausch. «La réforme du forfait kilométrique (prévue dans l’accord de coalition, ndlr.) n’a pas de lien direct avec la gratuité des transports publics», a-t-il ajouté. Dans le même temps, le Luxembourg a prévu d’investir 2,23 milliards d’euros dans le rail entre 2018 et 2023.

«Je suis convaincu qu’il n’y a pas d’autre pays dans l’UE qui investisse autant», a insisté François Bausch. Dans ce budget, on retrouve les 400 millions d’euros dédiés au nouveau matériel roulant, soit le plus grand marché de l’histoire pour le pays.

«Après 2023, nous allons poursuivre les investissements, il n’y aura pas de baisse jusqu’en 2028», a-t-il assuré.

Car outre le train, le tram bénéficiera de 388 millions d’euros jusqu’en 2023 tandis que la réorganisation du réseau de bus RGTR conduira à l’électrification des véhicules à l’horizon 2030.

Des échéances lointaines, à l’image de cette gratuité qui ne deviendra réalité que dans quatorze mois.

Mais pour l’écologiste, l’idée est aussi de permettre aux usagers qui achètent en ce moment un abonnement annuel de l’utiliser entièrement et de ne pas se retrouver dans des situations de remboursements complexes, a-t-il plaidé.

Et puis, une autre question reste en suspens: qu’adviendra-t-il des guichetiers, accompagnateurs de train et autres contrôleurs? «Nous n’allons pas réduire le personnel dans le cadre de la gratuité des transports publics», a assuré le ministre pour qui leurs missions seront adaptées voire étendues.

Une réponse qui ne rassure pas le FNCTTFEL Landesverband. Il a tenu un piquet hier devant le ministère de la Mobilité et des Travaux publics.

«On dit non à la gratuité des transports publics parce que les conditions ne sont pas réglées pour que ça soit une “success story”», a expliqué son président Georges Merenz. Selon lui, 350 emplois pourraient être menacés. Bref, la gratuité des transports publics n’est pas une affaire qui roule pour tout le monde.