LUXEMBOURG
THOMAS KAUFFMANN

L’association ECPAT - acronyme pour «end child prostitution, child pornography and trafficking of children for sexual purposes» - s’engage depuis 1990 contre l’exploitation sexuelle des enfants. Une lutte qui ne peut réussir sans le concours des populations locales dans les pays concernés selon Thomas Kauffmann, le directeur d’ECPAT Luxembourg qui illustre ses propos avec un projet concluant en Inde.

«En ces temps où certains remettent en question l’aide au développement, il est bon de rappeler que celle-ci connait des succès notoires qui peuvent transformer une société durablement. Nous pensons que nous sommes sur une telle voie avec notre grand projet en Inde. Il y a un an, dans ces mêmes colonnes, nous décrivions ce projet de lutte contre la traite des enfants à des fins sexuelles. Ce projet de quatre ans est réalisé en collaboration avec quatre partenaires indiens, tous acteurs majeurs du développement de leur pays.

Nous nous sommes réunis le mois dernier pour faire un bilan à mi-projet et nous avons réalisé que les excellents résultats qu’il a atteints ne sont pas le fruit du hasard mais bien de la réalisation de pratiques concrètes et d’un faisceau de conditions qui sont la clé de la réussite d’un projet. Je vais parler d’une des principales clés qu’on appelle dans notre jargon «l’appropriation», c’est-à-dire que les personnes concernées par le projet s’en saisissent, y participent et concourent à sa réussite.

Dans notre projet, c’est premièrement l’appropriation par les partenaires eux-mêmes et la mise en commun de leur travail au profit d’un même résultat qui s’est réalisée. Pour cela, ils travaillent ensemble sur les cas d’enfants trafiqués, ils font des formations communes et se rencontrent régulièrement. En travaillant ensemble, ils sont encore plus efficaces et deviennent des phares, des points de référence pour la protection des enfants. Cela confirme qu‘à plusieurs on est plus forts.

Ensuite, nous avons constaté l’appropriation du projet par les autorités. C’est-à-dire que celles-ci comprennent l’importance du projet et participent à l’atteinte de son résultat grâce à son intégration dans leur agenda politique et par la facilitation du travail des partenaires. De plus, ces derniers sont également reconnus par les autorités, ce qui participe à l’efficacité de leur action. L’appropriation par les autorités garantit la pérennité du projet une fois que notre action, forcément ponctuelle, sera arrivée à terme.

Enfin, l’appropriation par les communautés cibles du projet s’est développée. C’est-à-dire que tous les organes des sociétés dans lesquelles nous travaillons s’approprient notre action. Elles comprennent l’importance de nos actions pour protéger les enfants et les prolongent et les facilitent. Ainsi, une très belle réussite au sein de ce projet est la création des clubs de jeunes contre la traite. Ces clubs sont composés de jeunes écoliers et étudiants qui jouent un rôle important dans leur communauté: ils sont formés à se protéger contre la traite, mais également à protéger leurs pairs. Ils sont ainsi un filet de protection et de vigilance contre les dangers de la traite. De plus, tous ces jeunes seront bientôt des adultes sensibilisés à cette problématique et agiront pour une société future plus responsable. C’est le développement de telles conditions dans un projet qui donne tout son sens à notre action de protection des enfants et qui doit être communiqué pour que tout le monde sache que, oui, le développement peut fonctionner.»

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