LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le secrétaire général de la Fédération des Artisans plaide pour de vraies perspectives pour les entreprises

C’est dans une lettre ouverte que Romain Schmit, le secrétaire général de la Fédération des artisans, a fait le point jeudi sur la situation des entreprises au Luxembourg. Si la reprise du secteur de la construction a donné une bouffée d’oxygène, il ne faut pas oublier que toute l‘économie a été à l’arrêt ou presque pendant plus d’un mois.

Le gouvernement a mis rapidement près de 9 milliards d’euros sur la table pour garder à flot les entreprises. Le mot d’ordre est d‘éviter à tout prix les faillites. Si Romain Schmit salue dans un premier temps l’action du gouvernement, «pour une aide d’urgence, le paquet était tout à fait valable», les critiques ne tardent pas à fuser. Entre les couacs de démarrage, trop de demandes d’un coup qui ont submergé les capacités du ministère, Romain Schmit se plaint que la garantie de l’État dans les banques ait été plutôt lente à être mise en place.

Pour le patron de la fédération, rien ne vaut les aides directes, ce qui n’est pas le cas du paquet d’aides: «En analysant de plus près le paquet d’aide du gouvernement, on s’aperçoit rapidement qu’il contient peu d’aides directes non remboursables aux entreprises et qu’il est en grande partie constitué d’allégements de crédits et de reports de délais». Cet appel à plus d’endettement pour les entreprises est une fin de non-recevoir pour les artisans qui ne voient là qu’un moyen de repousser une inexorable faillite de leur entreprise.

Pour Romain Schmit les entrepreneurs et les indépendants sont laissés de côté, «du jour au lendemain ils n’ont plus accès à leur source de revenu qu’est le marché en raison d’une décision politique, en raison du fait du prince!». Des critères stricts qui ont empêché certains indépendants d’accéder aux aides, de fait une politique à deux vitesses estime Romain Schmit qui plaide plutôt pour une égalité de traitement pour tous: «Toutes les entreprises sont égales devant le virus: toutes sont touchées par le lockdown, toutes sans responsabilité pour les mesures prises par le gouvernement».

La reprise de la construction ne fait pas tout

Et la reprise du secteur de la construction ne fait pas tout. Ces entreprises ont repris alors que le reste de la population reste confinée. Pour Romain Schmit, cette reprise n’est pas idéale car «la perte de temps liée aux mesures sanitaires tout comme l’insécurité des employés sont des faits avec lesquels l’entrepreneur doit calculer». Le déconfinement progressif n’est paradoxalement pas là pour rassurer les artisans. Si le retour au travail est en effet souhaitable, cela ne veut pas dire que les entreprises seront tirées d’affaire, «les entreprises ont besoin de perspectives et d’aides supplémentaires pour traverser la période après l’expiration du confinement», estime-t-il.

Au-delà d’aides supplémentaires, la fédération demande le rétablissement de la confiance des entreprises par des perspectives et un cadre fiable de la part du gouvernement, avec cette fois-ci des aides sans critères. Romain Schmit n’oublie pas ceux qui ne
sont pas encore concernés par la reprise. Tout le secteur culturel, l‘événementiel ainsi que l’Horesca: «Si seulement un tiers du chiffre d’affaires annuel s’effondre sans savoir de l’autre côté comment faire face aux coûts à long terme, il devient rapidement clair que des décisions doivent être prises», estime-t-il.

La fédération plaide finalement pour «l’introduction d’une garantie de paiement de l’État pour garantir les paiements anticipés», pour éviter les défauts de paiements des entreprises. «Il ne s’agit pas d’opposer l’économie à la santé, mais de préciser que demain nous n’aurons pas de santé et certainement pas de soins sans les entreprises et sans économie», conclut Romain Schmit.