LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

David Kieffer a repris l’initiative mondiale «Refill» pour l’implanter au Luxembourg - Le but? Proposer des points de recharge d’eau potable dans des commerces ou institutions publiques

La guerre au plastique à usage unique est déclarée. Dans cette optique, des initiatives se multiplient pour proposer des alternatives. Avoir sur soi une gourde pour éviter les bouteilles d’eau en plastique en est une. Mais encore faut-il avoir l’occasion de les remplir. La Ville de Luxembourg a mis en place plusieurs fontaines d’eau potable publiques dans ce sens, pour inciter la population à consommer de l’eau du robinet. Un geste pas si évident au Luxembourg: «Dans d’autres pays comme la France ou l’Autriche, il est très naturel de boire de l’eau du robinet. Au Luxembourg nous avons cette habitude de consommer de l’eau en bouteille, parce que nous aimons beaucoup l’eau gazeuse, mais aussi parce qu’il y a toujours des doutes sur la qualité de l’eau du robinet alors qu’elle est très bonne», explique David Kieffer, à l’origine du mouvement Refill Lëtzebuerg. Mais cela ne suffit pas: «Il est encore plus important d’apporter une alternative alors que l’hiver est là et que les fontaines d’eau publiques sont coupées à cause des risques de gel».

Concrètement, il s’agit de convaincre commerces et institutions ouvertes au public de mettre à disposition de quoi recharger sa gourde d’eau potable, en appliquant un sticker sur la vitrine ainsi que de figurer sur l’application Refill. «Nous avons actuellement quelques 60 établissements qui ont adhéré au réseau, et de nombreuses demandes en cours. Nous avons été un peu surpris par l’engouement que l’initiative a suscité alors que nous avons démarré seulement en mars de cette année. Il y a une demande des commerces car c’est un service qui est désormais important pour les consommateurs», poursuit David Kieffer.

Si l’engouement est là, la culture de la bouteille d’eau a la vie dure, en particulier dans le secteur de l’Horeca qui fait du chiffre d’affaires sur ce segment: «C’est un changement qui doit avoir lieu sur le long terme. Mais l’on doit prendre en compte le coût de transport de ces bouteilles qui est énorme.

Si la bouteille vient du Luxembourg ce n’est pas encore trop grave, mais certaines eaux pétillantes viennent de loin». Contrairement à d’autres pays, la culture de la bouteille d’eau payante est tellement ancrée au Luxembourg que les mentalités seront difficiles à changer.

Pour les visiteurs de ces pays, c’est souvent l’incompréhension quand un serveur rechigne à servir de l’eau du robinet, quand ils n’essuient pas un refus. La loi protège les consommateurs, mais dans les faits, tout le monde s’accommode de la bouteille d’eau sans sourciller. Pourtant c’est aussi un aspect que les Refill sont prêts à aborder, dans un deuxième temps: «Nous sommes également en train de réfléchir sur comment agir pour contrer le refus de certains cafetiers et restaurateurs de servir de l’eau du robinet. Je pense que ce sera inévitable à terme».

Ils sont pour le moment deux volontaires pour porter le projet au Luxembourg, mais le projet est global. Les commerces et institutions qui ont adhéré au réseau ont pu intégrer l’application qui permet de repérer les points de recharge d’eau. Comme l’application existait déjà, les Luxembourgeois n’ont fait que s’intégrer à la version britannique. Un gain de temps et de moyens certains: «Nous n’avons pas les ressources pour développer une application nous-mêmes, mais c’est d’autant mieux car en voyageant on peut découvrir les points d’accès en Allemagne, Autriche, Irlande ou Italie».

Au-delà de l’aspect environnemental, David Kieffer espère que cette démarche va aider à une prise de conscience : «L’eau est une ressource précieuse, pas seulement au Luxembourg mais au niveau mondial. Il faut prendre conscience que ces ressources sont limitées»