LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Rôle et missions du Droit et de ses métiers au 21ième siècle au menu d’une table-ronde riche en enseignements

C’est un vaste sujet que l’Association des Etudiants Luxembourgeois en Droit avaient mis au menu d’une table ronde samedi matin au Forum Da Vinci: «Le rôle et la mission du Droit et de ses métiers au 21ième siècle». Un siècle marqué par une informatisation croissante et une avalanche de nouvelles règles dans une société en transformation.

Pour en parler, l’ANELD asbl, qui rassemble quelque 700 membres, avait réussi à obliger Martine Solovieff, procureur général d’Etat, François Prum, bâtonnier de l’Ordre des Avocats, l’avocat Gaston Vogel et André Hoffmann, philosophe et ancien député.

L’informatique: outil et poids

Répondant aux questions de la journaliste Danièle Fonck, les intervenants ont d’abord souligné la complexification du droit, grandement influencé par des directives européennes et des jurisprudences internationales.

Martine Solovieff a notamment relevé l’impact du nouveau Règlement Général de la Protection des Données entré en vigueur le 25 mai dernier et dont la transposition constituerait une «mer à boire».

Pour le bâtonnier le droit est devenu tellement complexe qu’il n’est plus possible aujourd’hui pour un avocat d’avoir une vue d’ensemble: «il y a définitivement trop de Droit».

Si l’informatique peut être un outil pour se retrouver dans cette jungle, tant pour les professionnels du droit que pour les justiciables qui ont aujourd’hui à disposition un éventail de canaux d’information pour saisir le droit et les procédures devant les tribunaux, les invités ne voient pas pointer à l’horizon une intelligence artificielle qui pourrait assister des parties dans une affaire en justice, voire prononcer des jugements.

Derrière tout dossier, une personne

Car, comme l’ont souligné Martine Solovieff et Gaston Vogel, l’aspect humain et est restera au coeur du travail des avocats et du ministère public. «Derrière tout dossier, il y a une personne», a pointé le procureur général d’Etat, «et vous voulez comprendre pourquoi un prévenu est tombé dans la criminalité». Pour réussir ce pari, un travail de terrain s’imposerait, au beau milieu de la société. «Il faut être spécialisé dans l’humanisme», a souligné Gaston Vogel, «les avocats travaillent sur le tissu humain», tout en insistant sur la nécessité pour les avocats de se cultiver en permanence. Ce serait d’ailleurs aussi un devoir pour certains chroniqueurs judiciaires dont le manque de connaissance du système judiciaire et le manque d’objectivité a été critiquée au cours de cette table ronde. L’information correcte du justiciable et la garantie de l’accès à cette information - qui pour André Hoffmann est un aspect important pour l‘égalité de tous devant la loi - sont indispensables, les participants en convenaient. Ainsi, Martine Solovieff juge utile d‘étoffer les Service d’Accueil et d’Information juridique des tribunaux.

Et Gaston Vogel de pointer le rôle de l’avocat dans le conseil des clients qui devraient pouvoir compter sur une évaluation honnête de leurs chances de remporter une affaire. Si une consultation a son prix, l’investissement éviterait souvent de lourdes dépenses aux clients.

Sans doute que cette table ronde servie par des professionnels chevronnés du droit fut riche en enseignements pour les étudiants présents qui ont pu continuer la discussion avec les invités par la suite autour d’un verre.
Plus d’informations sur l’ANELD: www.aneld.lu