C’est un orateur de prestige qui était invité jeudi soir à l’Abbaye de Neumünster par l’Association des entrepreneurs et dirigeants italo-luxembourgeois et l’Economist Club Luxembourg: Jean-Claude Biver est venu donner sa définition de l’innovation. L’homme d’affaires d’origine luxembourgeoise a en effet relancé la marque d’horlogerie Hublot, grâce à une vision et des techniques managériales pour le moins originales. «S’il n’y a pas d’innovation, il n’y a pas de futur», entame l’invité. Le souci selon lui, c’est l’éducation reçue qui formate et empêche d’être créatif. «Arrêtons d’exiger de sanctionner l’échec», tant ce dernier permet d’apprendre. Le chef d’entreprise applique cela à la lettre, puisqu’à la reprise de l’horlogerie en 2004, il encourageait ses employés à reconnaître leurs erreurs «J’ai même octroyé une prime de 900 euros car l’erreur a été annoncée», se souvient-il. Sa conclusion? Se libérer de la sanction de l’erreur permet de devenir créatif et donc, d’accéder à l’innovation.
Responsabilité managériale
Pour Jean-Claude Biver, les trois besoins de l’entreprise se résument à «être le premier, différent et unique.»L’innovation et la créativité sont un état d’esprit, et «une seule personne peut le mettre en place: le patron.» Lui-même partage alors ses expériences plutôt audacieuses.
Tous les lundis, l’entrepreneur commande pour 10.000 euros de fleurs qu’il dispose près des machines, histoire que les travailleurs, qui opèrent avec des engins gris posés sur un sol blanc, voient des couleurs. «Quand on voit des couleurs, on voit de l’optimisme et quand on voit de l’optimisme, on a des visions et on devient créatif», plaide-t-il. Mais ce n’est pas tout, le businessman a érigé un jardin d’enfants au centre de sa fabrique, alors qu’à l’époque aucun employé n’était parent. «Avoir des cris d’enfants dans une manufacture humanise et donne de l’espoir», argumente le conférencier. Malheureusement, l’arrivée d’une nouvelle machine a forcé son architecte à délocaliser de quelques mètres le jardin d’enfants (depuis lors utilisé par des enfants des employés et d’autres, vivant dans le village, ndlr.) Et les employés le reconnaissant: «C’était mieux avant quand les enfants étaient au milieu.»
Excellent orateur, l’homme d’affaires de 63 ans fait preuve d’un dynamisme hors-pair. «Je suis obsédé par la créativité et l’innovation», donne-t-il en guise de conclusion. Avant d’ajouter que pour lui, c’est le seul moyen de rester jeune. «Seuls ceux qui sont vieux ou morts n’apprennent plus.» L’auditoire est conquis, une success story de plus, pourrait-on dire, pour cet entrepreneur qui n’a pas froid aux yeux, ni ailleurs.


