LUXEMBOURG
DR. GUY BERCHEM

Ce dimanche, la Organisation Mondiale de la Santé (OMS) célèbre la Journée mondiale de la santé. Depuis 1954, elle est consacrée à la promotion des sujets de santé et fait partie des huit campagnes de l’OMS. Depuis 2012, la Journée mondiale est aussi consacrée à un sujet spécifique. Cette année-ci elle tourne autour de la couverture de santé universelle et l’accés libre aux soins. À l’occasion de la Journée mondiale de la santé, le Dr. Guy Berchem, Président de Médecins Sans Frontières Luxembourg, livre un tour d’horizon sélectif des nombreux défis à relever pour que chaque personne puisse obtenir les soins dont elle a besoin.

«Aujourd’hui, près de la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès aux services de santé les plus essentiels. Dans certains pays, et particulièrement dans les pays en développement, les obstacles s’accumulent pour les personnes qui doivent accéder aux soins: le manque d’argent, le coût trop élevé des soins, les ruptures de stock de médicaments, l’absence d’infrastructures sanitaires ou de traitement, le manque de personnel médical qualifié ou encore les longues distances à parcourir pour atteindre un centre de santé souvent aggravées par un contexte d’insécurité.

Lors d’une catastrophe naturelle, ces obstacles sont poussés à leur paroxysme. Les conséquences dévastatrices du récent passage du Cyclone Idai au Mozambique, Zimbabwe et Malawi synthétisent l’ampleur des enjeux médicaux soulevés par de telles urgences humanitaires. Destruction partielle ou totale des structures de santé, endommagement des mécanismes d’assainissement et voies d’accès, défi logistique lié au stockage des médicaments, contrôle du risque épidémique suite aux cas avérés de choléra et adoption d’une démarche holistique en soignant à la fois blessures corporelles et traumatismes psychiques tout en assurant la continuité des soins primaires, les challenges auxquels doivent répondre les équipes de secours sur place sont immenses.
Le manque d’accès continu aux services de santé essentiels est souvent dû à des stratégies de financement de la santé dont les effets néfastes ne peuvent que se constater. En cause, le coût des soins qui contraint les plus vulnérables à y renoncer. Dissuadés de chercher à se faire soigner, les malades restent simplement à la maison, dans l‘attente de mourir en paix. D’autres retardent le moment de se rendre dans une structure de santé jusqu’à ce que leur état se dégrade, à tel point qu’il est souvent trop tard. De nombreuses familles désespérées sont contraintes de faire un emprunt ou de vendre leurs biens pour payer les soins, s’appauvrissant ainsi davantage. Tant que des politiques de gratuité des soins ne seront pas généralisées dans les pays en développement, les “pauvres” continueront d’être punis en étant privés de soins qui leur sont pourtant vitaux.

Enfin, la persistance de situations conflictuelles relègue souvent les besoins de santé de la population en bas de l’agenda des autorités. Un an après le début de la «marche du retour» dans la bande de Gaza, des centaines de patients ont perdu d’importants morceaux d’os de leur jambe, parfois dix centimètres ou plus, pulvérisés par des balles réelles tirées par l’armée israélienne et risquent amputation ou handicap à vie. Les ressources médicales disponibles à Gaza sont limitées et rendent ce défi extrêmement compliqué, voire impossible dans certains cas.

Le droit à la santé est un droit fondamental de tout être humain. Apporter immédiatement des solutions concrètes et adaptées aux populations privées de soins médicaux est crucial. Les solutions existent. Les acteurs de santé sur le terrain ne ménagent pas leurs efforts pour les implémenter. Mais beaucoup reste à faire pour que chacun puisse avoir accès aux soins dont il a besoin.»