LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les Villes en transition veulent affronter ensemble les défis du changement climatique

Et si le confinement avait rebattu les cartes de notre rapport au monde? Rob Hopkins, le fondateur du mouvement des villes en transition aime à le penser. C’est l’invité de marque des Transition Days, une vitrine pour un mouvement qui prend de l’ampleur à travers le monde, et qui s’est installé durablement au Luxembourg. Ateliers d’upcycling, potagers urbains ou communautaire, repair café, le réseau multiplie les projets locaux pour rapprocher les communautés et proposer des solutions écologiques et ingénieuses dans la vie quotidienne. Des valeurs qui s’inscrivent dans le droit chemin de l’économie circulaire prônée par Jérémy Rifkin et adopté par le gouvernement luxembourgeois. Les villes en transition reprennent le credo avec des projets locaux qui ont pour but de souder la communauté et donner plus de sens au vivre ensemble, avec toujours dans l’optique de faire des économies (d’énergie notamment) et de lutter localement contre le changement climatique.

L’activiste écologique britannique était déjà venu au Luxembourg il y a cinq ans pour présenter son livre précédent, qui regroupait des histoires positives sur les projets de son réseau, Rob Hopkins est de retour cette semaine au Grand-Duché pour échanger, découvrir les nouveaux succès et de belles histoires, mais aussi présenter son nouveau livre, «Et si... on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons?». Au-delà des témoignages, Rob Hopkins s’interroge sur le changement climatique et ses conséquences: «J’ai lu beaucoup de mes auteurs préférés comme Naomi Klein, et à chaque fois la même phrase revenait, que le “changement climatique est un manque d’imagination”, alors qu’est-ce que l’on peut faire? Le mouvement de la transition créé des espaces pour se dire “et si?”, pour que les gens se rencontrent et trouvent des solutions ensemble, à leur niveau». 

Pour ce spécialiste, le confinement a été une expérience grandeur nature de ce que pourrait être la société de demain. «Ca a été une expérience fantastique dans un sens, pas pour mes voisins soignants bien entendu, mais pour la plupart nous avons ressenti un grand sentiment d’appartenance à un collectif, nous avons eu deux mois d’une réalité alternative», explique l’activiste qui estime que le soutien des membres du réseau a été primordial pendant cette période. «Ce que d’autres appellent la normalité, c’est simplement horrible pour beaucoup: les trajets interminables, les bureaux dans des zones uniquement commerciales etc. C’est une question essentielle à se poser, qui doit faire partie de cette conversation? Beaucoup de changements sont en train de se mettre en place, mais cela ne viendra pas du gouvernement. Quand tout va bien, personne ne se préoccupe de savoir si la communauté est vivante, soudée, mais quand les problèmes arrivent, une communauté soudée c’est très important».

Créer un tissu économique local

Et loin de ne proposer que des projets volontaires, Rob Hopkins insiste également sur ce qu’il appelle le projet «Re-conomy», où comment créer un tissu économique local à la sauce transition: «En 2019 nous avons réussi à lever 175.000 livres à Totnes, ma petite ville en Angleterre, et nous avons pu ouvrir une brasserie. On aurait pu se contenter d’une coopérative avec uniquement des bénévoles, mais il était important pour moi d’avoir aussi des salariés pour développer ce projet. Nous avons aujourd’hui 9 salariés et cela ne va pas s’arrêter là, il faut avoir l’état d’esprit d’un entrepreneur». Après la bière, Rob Hopkins voudrait développer d’autres magasins locaux qui seront au service de la communauté pour bénéficier à la communauté.

Car si les villes en transition se basent sur les valeurs de l’économie circulaire, l’auto-suffisance alimentaire reste un pilier du mouvement: «La plupart des groupes commencent comme ça, avec un projet alimentaire, car ce qui est le plus facile à démarrer et qui ne nécessite pas de fonds au départ. J’ai été très impressionné par le projet “la ceinture alimentaire liégeoise” qui s’est développé en 25 coopératives de circuit court, ce qui n’existait que dans mes rêves est devenu réalité», raconte Rob Hopkins.  

Ce dernier sera en workshop, «Libérer l’imagination d’un monde résilient» jeudi après-midi et donnera une conférence le soir-même à l’Abbaye Neumünster (complet mais la conférence sera retransmise en direct sur Youtube).

www.transitiondays.lu