LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le futur de la microfinance passe par les femmes

La microfinance est historiquement une histoire de femmes. Avec l’avènement des outils de financement digitaux, la Fintech a tout intérêt à se focaliser sur ce marché. Elisabeth Ballreich est spécialiste en investissement à la Banque mondiale des femmes (WWB), qui oriente les investissements en actions vers des institutions financières inclusives. De passage à Luxembourg pour la Semaine européenne de la Microfinance, elle explique pourquoi les femmes jouent un rôle clé pour le développement économique des marchés émergents.

Pourquoi les femmes ont toujours été la clé dans le monde de la microfinance?

ELISABETH BALLREICH Dans les pays émergents les femmes sont responsables du foyer, de l’éducation et de la santé des enfants, elles ont bien souvent une petite activité rémunératrice. En ciblant les femmes, la microfinance touche en réalité toute la famille. Une fois qu’elles ont accès à des financements, elles peuvent développer leur activité qui est bien souvent liée à l’alimentation.

Pourquoi y a-t-il un écart entre hommes et femmes dans le domaine des services financiers?

BALLREICH Il y a des obstacles comme par exemple le fait que les femmes ont moins de temps pour aller à la banque et faire la queue, les hommes sont plus flexibles. Le revenu des femmes est bien souvent informel, il est difficile pour elles de prouver à une banque qu’elles ont une bonne trésorerie. S’ajoute à cela que dans les pays émergents les femmes n’ont bien souvent pas de papier d’identité, ce qui les exclut automatiquement du système bancaire. De fait, il est souvent plus difficile de prêter de l’argent à des femmes. Les normes culturelles sont en jeu également, puisque bien souvent les familles misent sur l’éducation des garçons.

Qu’est-ce que la Fintech peut apporter pour améliorer la situation?

BALLREICH Il y a là un gros potentiel pour combattre les obstacles qui sont sur le chemin des femmes. Des services clé en main peuvent faire gagner du temps car elles ont davantage accès à des téléphones portables. S’il ne faut pas uniquement se concentrer sur les femmes, mais il faut penser aux femmes quand on développe des services financiers car elles ont des besoins spécifiques.

Quels sont les besoins spécifiques aux femmes?

BALLREICH Déjà on peut ajuster les critères KYC (Know your customer) qui ne devraient pas être au même niveau pour des petites sommes habituellement manipulées par ces populations que pour plusieurs milliers d’euros par exemple. Il faut leur apporter des services, et surtout construire un lien de confiance, c’est essentiel pour ces femmes. Il est primordial d’en plus de l’interface digitale, il faut également garder un lien humain. Nous avons eu l’exemple au Pakistan d’une Fintech qui n’arrivait pas à intégrer des femmes parmi ses clients. Mais les employés n’étaient que des hommes, or dans leur culture une femme ne peut pas donner son numéro de téléphone à un homme. En engageant des employées, les choses ont radicalement changé. Il faut également s’adapter au niveau d’éducation, avec des menus simplifiés, des symboles, des photos. Les programmes qui marchent le mieux sont ceux qui sont accompagnés d’éducation financière. Apprendre à compter, épargner, investir, cela va de pair avec les services financiers sur le long terme.