LUXEMBOURG
OLIVIER ROUSSEAU

Louise Farrenc, Jean Muller et Gerhard Oppitz à l’affiche des SEL

Avec les Solistes Européens, Luxembourg, il se passe toujours quelque chose. Christoph König, leur chef, ne cesse de proposer des œuvres «inouïes» - au sens premier de «pas encore entendues» - et des combinaisons orchestrales originales.

Ainsi cette rencontre avec Louise Farrenc, une pianiste et compositrice (1804-1875) absolument ignorée des ouvrages de référence. Si l’on parle d’elle, c’est souvent pour un autre motif que musical: professeure au Conservatoire de Paris, elle a voulu le même salaire que celui de ses collègues masculins: «A travail égal, salaire égal».

Mais Christoph König a saisi l’intérêt de ses partitions. Cette fois, il a mis en évidence deux de ses «Ouvertures» et surtout les «Grandes Variations sur un thème du Comte Gallemberg», une œuvre pétillante, virevoltante, d’autant plus que le pianiste Jean Muller, toujours aussi impliqué dans l’approche des partitions et de son jeu, en a exprimé toutes les potentialités. Voilà l’inconnue reconnue!

Une œuvre surprenante

Autre moment inattendu: après avoir exécuté la première œuvre, l’orchestre quitte le plateau! Il n’y reste que six instrumentistes, dont un joueur de marimba. Pourquoi? Pour une œuvre surprenante: une relecture d’un «Prélude et Fugue» de Bach par le compositeur britannique Peter Maxwell Davies. Une œuvre contemporaine aussi, réservée aux cordes, invitation à un beau voyage imaginaire: «Insulata Deserta» de l’Estonien Erkki-Sven Tüür.

Au programme encore de ce concert intitulé «Le piano sous différents angles», deux personnalités bien (re)connues cette fois: Ludwig van Beethoven et son extraordinaire «Concerto n° 5 pour piano, L’Empereur». Quel accomplissement, quelle plénitude! Et son interprète, le pianiste allemand Gerhard Oppitz. Il n’est pas une découverte non plus, mais son talent, son travail et l’épanouissement constant qui en résulte, sont tels que, avec la discrétion et la modestie qui le caractérisent, il nous offre chaque fois d’entendre autrement, mieux, dans leurs nuances, dans leurs chatoiements, des œuvres que nous croyions connaître. En conclusion tout aussi inattendue: un bis à quatre mains. L’élève, Jean Muller, rejoint celui qui a été son maître, Gerhard Oppitz. Sourires radieux!