LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La baisse du revenu est globalement contenue, même si les plus fragiles sont plus touchés

Le Luxembourg sauve pour l’instant les meubles dans la crise économique qui a suivi la crise sanitaire du Covid-19. Le Statec continue de monitorer la situation en poursuivant des séries d’entretien afin de mesurer l’ampleur économique de la crise pour le quotidien des résidents. Selon l’enquête du Statec, la situation est relativement bonne pour le moment puisque 82% des résidents n’ont pas connu de dégradation de leur revenu, pour 16% il a diminué et pour 2%, il a augmenté. Parmi les actifs, la tendance est la même: pas de baisse de revenu pour 77%, une perte limitée pour 21% et une augmentation pour 2%. Les personnes au chômage partiel à cause du Covid-19, les indépendants et les employés du secteur privé sont les plus touchés par une diminution de leur revenu.  
Par contre, pour ceux qui avaient déjà une situation précaire, la crise n’a rien arrangé. Sans surprise, les personnes issues des secteurs les plus touchés par la crise font partie de ceux qui ont vu leur revenu fondre comme la neige au soleil. Si le bouclier du chômage partiel a tenu à flot les salariés concernés, tous n’étaient pas éligibles. Parmi les personnes qui ne travaillent pas, une proportion non négligeable de chômeurs a connu une perte de revenu, de même que les étudiants. La perte de revenu est liée au secteur d’activité: 56% des personnes concernées travaillent dans l’Horeca, 43% dans le commerce, 42% dans l’industrie et 39% dans la construction.  
«Ces résultats montrent le rôle de protection que jouent le statut d’emploi et le secteur d’activité», indique le Statec. Parmi les principales raisons de la diminution du revenu, on peut noter la réduction involontaire des heures de travail, tout simplement la perte d’emploi ou la cessation involontaire d’activité avec comme conséquence la baisse de salaire pour les employés ou de profit pour les indépendants.

Lourd tribut des femmes de 18-24 ans

Les jeunes de 18-24 ans et les personnes de 45-54 ans sont les plus affectés par les conséquences économiques de la pandémie, soit les personnes en début et en fin de carrière. Les situations de baisse de revenus sont plus fréquentes chez ces catégories. Pour les jeunes, cela découle de la perte d’emploi et pour les 45-54 ans de la baisse de salaire ou de profit en tant qu’indépendant note le Statec. Mais en plus de viser plus particulièrement des tranches d’âge spécifiques, la crise fait aussi plus de victimes économiques si l’on considère le genre. Ainsi, les femmes de 18-24 ans paient un lourd tribut à la pandémie: elles sont plus nombreuses à subir une baisse de revenu, toutes catégories confondues, indique le Statec.
La baisse de revenu dépend aussi du niveau d’études, encore une fois les personnes les plus fragiles sont à risque. Les personnes de niveau d’études secondaire de 1er cycle sont deux fois plus nombreuses que celles de niveau master ou plus à subir cette baisse. Au début, la pandémie était une crise sanitaire touchant essentiellement des personnes âgées. Aujourd’hui, elle constitue également une crise sociale majeure, accentuant toutes les inégalités.
Outre les différences de revenu, le confinement a été pour beaucoup une façon de faire des économies, volontairement ou pas. Pendant le confinement, environ 58% des résidents ont dépensé moins et à l’inverse 16% ont dépensé plus d’argent. Environ 26% n’ont pas vu de changement dans les dépenses. Il existe toutefois des disparités, note le Statec. Pendant le confinement, les ménages modestes, qui ont le plus connu de baisse de revenu, ont moins baissé leur consommation car ils ont plus de dépenses fixes. Mécaniquement, une personne sur cinq dont le revenu a diminué a connu une augmentation de ses dépenses. Le confinement a eu pour conséquence la baisse de la consommation, de ce fait 39% des ménages se sont retrouvés avec un revenu disponible plus important qu’avant la crise sanitaire. Ces ménages ont donc plus d’argent qui pourra être épargné. Du fait d’avoir plus de dépenses contraintes, les ménages modestes ont eux moins d’argent qu’ils pourront mettre de côté. •