LUXEMBOURG
STEPHEN SURPLESS

Si les anticipations d’inflation restent très faibles aux Etats-Unis et en Europe, il convient d’identifier les actifs à même de protéger ses avoirs contre une hausse des prix plus importante que prévu sur le long terme.

«La reprise consécutive à la récession de 2020 sera différente de celle qui a suivi 2008» dit Stephen Surpless, Gérant de portfeuille chez Edmond de Rothschild - Lëtzebuerger Journal
«La reprise consécutive à la récession de 2020 sera différente de celle qui a suivi 2008» dit Stephen Surpless, Gérant de portfeuille chez Edmond de Rothschild

Les événements qui ont ébranlé le monde et les marchés en 2020 soulignent une nouvelle fois l’importance d’investir à long terme. Toute décision à long terme repose sur des variables clés, telles que les taux d’intérêt et la valeur de l’argent. Les résultats d’un placement à long terme dépendent en grande partie de l’impact de la hausse ou de la baisse de l’inflation.

Recul de la mondialisation

Les crises accélèrent les tendances et celle que nous traversons ne fait pas exception. La croissance du commerce international et l’intégration des économies étaient déjà en perte de vitesse avant le coronavirus. Une fois l’urgence sanitaire passée, l’attention se concentrera davantage sur la résilience des économies nationales et les chaînes d’approvisionnement seront rapatriées ou raccourcies. Selon l’OMC, le volume de biens échangés devrait reculer de 12% à 30% en 2020. Le recul de la mondialisation permettra aux salariés de bénéficier d’un meilleur pouvoir de négociation et accroîtra les coûts de production.

Si d’autres freins à l’inflation demeurent (tendances démographiques, endettement élevé et technologie) et ont même gagné en importance depuis le début de l’année, nous pensons que la reprise consécutive à la récession de 2020 sera différente de celle qui a suivi 2008. Cette dernière était imputable aux tensions et à l’endettement excessif du secteur financier et de l‘économie.

Par conséquent, au lieu de se traduire par une augmentation des prêts en faveur de l‘économie réelle, la hausse de l’offre monétaire des banques centrales est plutôt venue accroître les réserves des institutions financières (une tendance renforcée par le durcissement des exigences réglementaires) et a donné lieu à une inflation des actifs.

Le soutien des banques centrales encouragera les banques à prêter en 2020 et au-delà, ce qui gonflera l’offre monétaire via l’effet multiplicateur de la monnaie. Par conséquent, le volume d’argent en circulation dans l‘économie réelle sera plus important, tandis que le nombre de biens et services à acheter restera inchangé (ou diminuera). Si, dans le même temps, la récession en 2020 fait baisser l’offre, les pressions inflationnistes pourraient encore augmenter. «Cui bono» demandait Cicéron, «qui bénéficie» de la hausse de l’inflation? Les emprunteurs, et notamment les Etats. Malgré leur indépendance, les banques centrales pourraient donc bien être «encouragées» à favoriser l’inflation afin d’alléger le poids de la dette.

Les points morts d’inflation, qui mesurent les prévisions d’inflation, ont abandonné leur très bas niveau de mars 2020, mais ne tablent encore que sur 1,2% par an aux Etats-Unis sur 10 ans. Les chiffres pour l’Europe sont encore plus faibles, les anticipations pour l’Allemagne étant inférieures à 60 pb, et ce alors que les mesures de soutien à l‘économie mises en place outre-Rhin figurent parmi les plus importantes.

Quels actifs privilégier?

Il reste que les marchés peinent à identifier les points d’inflexion séculaires et leurs conséquences. Quels actifs privilégier au cours de la décennie à venir en cas de hausse plus importante que prévu de l’inflation? Les actifs réels, de préférence les plus rares. L’immobilier, et en particulier les biens de luxe, se porte bien en période d’inflation élevée. Certaines matières premières, notamment l’or, conservent leur valeur en termes réels, bien que la technologie ait fait disparaître les inquiétudes relatives à l’offre à long terme (le pétrole en est un parfait exemple).

Les actions sont des participations dans des entreprises qui sont généralement en mesure d’ajuster leurs prix afin de s’adapter aux pressions inflationnistes. Pour terminer, si nous n’anticipons pas de difficultés sur les marchés obligataires à court terme, les pressions inflationnistes pourraient pénaliser les obligations traditionnelles. Par conséquent, nous privilégions les titres protégés contre l’inflation, compte tenu des prévisions d’inflation asymétriques qui sont selon nous intégrées. Les 10 prochaines années seront très différentes de la décennie écoulée et l’inflation pourrait bien être l’un des éléments distinctifs de cette période.

A PROPOS DU GROUPE EDMOND DE ROTHSCHILD

Spécialisé dans la Banque Privée et la Gestion d’actifs

Maison d’investissement de convictions fondée sur l’idée que la richesse doit servir à construire demain, Edmond de Rothschild est spécialisé dans la Banque Privée et la Gestion d’actifs. Au service d’une clientèle internationale de familles, d’entrepreneurs et d’investisseurs institutionnels, le Groupe est également présent dans les métiers de Corporate Finance, de Private Equity, de l’Immobilier et de Fund Services.
Son caractère résolument familial confère à Edmond de Rothschild l’indépendance nécessaire pour proposer des stratégies audacieuses et des investissements de long terme, ancrés dans l'économie réelle.
Créé en 1953, le Groupe compte aujourd’hui 173 milliards de francs suisses d’actifs sous gestion (160 milliards d’euros), 2.600 collaborateurs et 32 implantations dans le monde.