LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Finance verte et pont avec la Chine: la Bourse de Luxembourg continue à se distinguer

La Bourse de Luxembourg cultive sa différence face à ses concurrentes. Elle tire ses profits des revenus des cotations là où d’autres misent sur les commissions de transaction. Depuis quelques années maintenant, l’institution a ajouté d’autres cordes à son arc: la finance verte et la finance chinoise. «Nous devons redoubler d’efforts pour nous démarquer en étant plus agiles et plus réactifs», a commenté mercredi devant la presse son directeur, Robert Scharfe.

Du côté de la finance verte, l’institution se positionne comme le leader mondial en la matière, via sa plateforme «Luxembourg Green Exchange» (LGX). Avec plus de 121 milliards de dollars émis via 248 obligations vertes, «nous sommes sept fois plus grands que Dublin, cinq fois plus grands que Paris et Francfort et trois fois plus grands que Londres», s’est félicité le CEO. L’an dernier, 112 nouvelles émissions ont été réalisées pour un total de 36,8 milliards d’euros. «Personne ne peut ignorer la finance durable, ce n’est pas une mode mais un changement fondamental qui est en train de s’établir», a insisté Robert Scharfe.

Cette activité est aussi l’un des moteurs de l’intensification des relations entre le Luxembourg et la Chine. Avec le «Green bond channel», LGX joue le rôle d’intermédiaire entre les investisseurs internationaux désireux d’investir dans des valeurs mobilières chinoises et le marché interbancaire de l’empire du Milieu. Les accords se sont enchaînés l’an dernier avec Bank of China, la Bourse de Shanghai, le «China Central Depository & Clearing», «Industrial Bank of China» mais aussi Bank of Communications Luxembourg qui est devenu le premier agent de cotation chinois à la Bourse de Luxembourg. L’objectif à terme est clair: que les fonds d’investissements domiciliés au Luxembourg soient accessibles aux investisseurs chinois depuis la Chine, a expliqué le directeur. Aujourd’hui, la Bourse de Luxembourg revendique la première place mondiale en matière de cotations d’émissions obligataires émises dans la monnaie chinoise, le renminbi. L’institution estime sa part de marché à 24% devant Londres (22%) et Hong Kong (14%).

Des services pour se démarquer

Pour continuer à innover, la Bourse de Luxembourg offre aux investisseurs un accès aux informations sur les valeurs mobilières listées. Ce service, c’est la marque de fabrique de l’institution qui l’admet: «Nos frais sont croissants depuis des années parce que nous investissons dans les technologies et les compétences». D’ailleurs, 45% des fonctions en son sein n’existaient pas il y a encore cinq ans, a précisé Robert Scharfe.

Cela s’en ressent dans le bilan du groupe: son bénéfice net a chuté de 8,3% à 11,2 millions d’euros. «Cette baisse est essentiellement due à des ajustements du portefeuille de valeurs que la Bourse détient», a insisté son directeur. Au niveau opérationnel, la croissance du chiffre d’affaires a été modérée, de l’ordre de 1,3% à 48,2 millions d’euros. Tout cela n’a pas refroidi les ardeurs de la direction, qui propose à ses actionnaires un dividende brut inchangé de 60 euros. Pour l’Etat, actionnaire à hauteur de 12,4%, cela représente une rente de près de 683.000 euros.

L’exercice 2018 a été marqué par un record historique en matière de cotations, avec 11.235 nouvelles valeurs admises soit 1% de plus qu’en 2017. Tout cela dans un contexte teinté d’innovation avec l’arrivée de l’e-listing et le lancement des segments professionnels. La Bourse de Luxembourg entend aussi coopérer avec des Fintechs ciblées afin de poursuivre sur sa lancée.

Indépendance affirmée

Toujours au chapitre innovation, sa filiale Fundsquare dédiée à la collecte et la distribution d’informations relatives aux sociétés de fonds d’investissements a connu une année fructueuse, avec un résultat en hausse de 29% à 2,28 millions d’euros et des revenus de 16,8 millions d’euros (+9%). La pépite a par ailleurs bénéficié d’un second coup de pouce de la part du groupe, puisque 4 millions d’euros ont été utilisés dans le cadre de la libération du solde de capital souscrit, s’ajoutant aux 2,2 millions d’euros libérés en 2015. De la sorte, la Bourse de Luxembourg a liquidé la plus-value de 5,2 millions d’euros générée par la vente de ses anciens locaux situés à l’avenue de la Porte Neuve en 2014, renseigne son rapport annuel.

Et au président du conseil d’administration - fraîchement réélu pour trois ans - de préciser: «On est ouvert à des acquisitions, à des collaborations dans le cadre d’une Bourse indépendante». Pour Frank Wagener, il n’est pas question de céder aux sirènes des mastodontes du marché à l’appétit aiguisé. L’actionnariat de l’entreprise est d’ailleurs inchangé, composé non seulement de l’Etat mais aussi de banques et d’entreprises locales pour près de 55%, loin devant d’autres institutionnels et actionnaires privés (32,9%).

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