LUXEMBOURG
ANNE DAMIANI

L’entomoculture va-t-elle révolutionner l’élevage et les habitudes alimentaires?

Si l’Europe s’est longtemps limitée aux élevages d’abeilles et de vers à soie, l’entomoculture, c’est-à-dire la culture d’insectes, pourrait bien se développer davantage. Larves de ténébrions meunier, dits vers de farine, criquets ou punaises d’eau... les apéritifs et autres chocolats à base d’insectes comestibles font depuis quelques années irruption dans les rayons des supermarché.

Avec plus de 2 millions d’espèces, les insectes représentent la famille la plus diverse du règne animal. Parmi elles, on estime qu’environ 2.000 sont comestibles pour les humains. Et pas moins de 2,5 milliards de personnes en consomment déjà, notamment en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud. Mais les Occidentaux restent, eux, encore très sceptiques.

Un substitut pour l’élevage

Voici que les députés André Bauler et Gusty Graas (DP) ont posé une question parlementaire au Ministère de l’Agriculture à ce sujet. Pourquoi s’y intéressent-ils? Parce que les insectes pourraient bien nourrir les élevages plus conventionnels de poissons, de volailles et de porc. «La presse allemande a relayé l’inauguration par le roi d’une ferme d’insectes aux Pays-Bas», explique André Bauler, «nous voulions savoir ce qu’il en est au Luxembourg sur la question, s’il y a des promoteurs de ce marché et quels bénéfices le pays pourrait en tirer.»

Une fois ébouillantés puis déshydratés, les insectes sont ensuite réduits en farines. Celles-ci, riches en protéines, lipides et glucides, représentent un sérieux concurrent pour les tourteaux de soja et farines de poissons en tant que substitut de viande dans l’industrie agro-alimentaire.

Ces espèces se reproduisent très rapidement, en moyenne 2 à 3 mois pour les ténébrions. Ils sont aussi très rentables. Selon l’entreprise française Micronutris, pour 10 kg de d’aliments, on produit 9 kg d’insectes contre 5 kg de volaille et 1 kg de viande bovine. La nourriture contribue ainsi presque exclusivement à leur croissance alors qu’elle permet aux autres de produire de la chaleur.

D’après un rapport de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) de 2014, l‘élevage d’hexapodes est également moins néfaste pour l’environnement. Pour leur croissance, ils ont besoin d’un milieu chauffé (environ 27°C pour les ténébrions) et humide. Bien qu‘énergivore, cette production émet considérablement moins de gaz à effet de serre que les autres élevages.

Du fait de la taille des insectes, les lieux d‘élevage sont très concentrés et ne nécessitent pas les grands espaces des productions céréalières ou de légumineuses. Les milieux naturels sont ainsi davantage préservés.

Enfin, les excréments constituent un très bon fertilisant pour l’agriculture biologique. Contrairement aux autres élevages, et en partie la filière bovine, la culture d’insectes ne produit que peu de gaz à effet de serre.

Une pratique très encadrée

Malgré tous ces points positifs et une forte demande potentielle venant des producteurs de poissons, la Commission européenne reste très prudente. Les souvenirs du scandale lié la maladie de la vache folle planent encore au-dessus des têtes des dirigeants. «C’est un sujet délicat, il faudrait modifier la législation pour que les élevages porcins et avicoles puissent les utiliser», souligne André Bauler.

Le règlement CE 2017/893 a tout de même permis des avancées. Il stipule bien l’interdiction de «l’utilisation de protéines animales dans l’alimentation des ruminants». Mais il autorise, dans plusieurs États membres et sous leur surveillance, l‘élevage d’insectes pour «la production de protéines animales transformées […] destinées à l’alimentation des animaux familiers». Cette expérimentation, qui se limite à sept espèces, est menée en France, aux Pays-Bas et en Belgique.