De SES aux Datacenter de Post Luxembourg, en passant par RTL city, le cabinet Jean Schmit Engineering a posé sa griffe sur bien des bâtiments connus au Luxembourg depuis sa création, en 1981. En février dernier, le groupe s’est lancé dans une activité de réalisations de réduction de la consommation énergétique via la société ENEXEN. Son administrateur-délégué Jean Schmit et son collaborateur Marc Wagener nous présentent cette nouvelle entité.
Pourquoi avoir créé ENEXEN?
JEAN SCHMIT Aujourd’hui, les audits sont obligatoires. De beaux documents sont émis mais en général, ils terminent au fond d’un tiroir, très peu de suite leur est donnée. Nous nous sommes posé la question de savoir pourquoi ça ne fonctionnait pas. Nous avons même lancé une formule d’optimisation énergétique sur mesure. Malheureusement, nous n’avons pas eu de résultat probant. Sans doute parce que ces audits n’étaient que de pieuses recommandations et qu’il manquait un élément essentiel: la garantie du résultat. C’est donc l’objet d’ENEXEN. On a fondé cette société avec l’idée d’opérer des économies d’énergies en utilisant une part des budgets opérationnels (énergie) pour financer les investissements.
En pratique, comment cela se passe-t-il?
SCHMIT Nous contactons les entreprises industrielles ou les communes. Nous leur faisons une proposition à nos frais dans une première approche. Nous décelons un potentiel d’économie d’énergie, par exemple qu’il est possible de réaliser 40.000 euros d’économies par an moyennant un investissement de 220.000 €. Dans ce budget sont bien entendu compris les frais d’études, de réalisation des réglages, d’entretien et de financement.
MARC WAGENER Imaginons qu’aujourd’hui, le client ait une consommation de 1.000. Après un premier audit, on conclut qu’il peut la ramener à 500. On calcule combien d’argent on a besoin pour réaliser les économies. En fonction de cela, on détermine la durée du contrat, qui varie de trois ans à huit ans.
Par après, on se refinance par les économies d’énergie. Pendant la durée du contrat, les clients ne paient pas plus qu’avant pour leur consommation énergétique. Mais la différence est versée pour la mise en place du projet.
SCHMIT À la fin du contrat, tous les investissements deviennent sa propriété.
Donc les installations n’appartiennent pas aux clients…
SCHMIT C’est une sorte de leasing pour la période du contrat.
WAGENER En fait, on doit rester propriétaire de l’installation pour son entretien pendant la durée du contrat.
SCHMIT Mais ça dépend du contrat. Si le client veut lui-même financer les économies, on l’accompagne simplement dans la durée pour que les économies soient effectivement là.
Vous avez lancé ENEXEN en février 2015. Comment cela s’est-il passé?
SCHMIT Ça a été plus compliqué qu’on le pensait. Dans les premiers mois, tout le monde pensait que c’était trop beau pour être vrai. Puis, les prix de l’énergie ont énormément chuté et donc, les temps d’amortissement se sont allongés. Les banques aussi sont réticentes dans la mise à disposition de crédits. On doit donc trouver d’autres sources de financement et on le fait au moyen de tiroirs. Ce sont des sortes de titres sur un projet. On ne fait pas appel à de l’argent public, bien que nous ayons plusieurs contrats avec des communes notamment.
Pour chaque client, vous réalisez un Contrat de Performance Energétique (CPE). De quoi s’agit-il?
SCHMIT L’idée est de mutualiser plusieurs projets. Souvent, ce sont des petites choses qui se font comme des réglages, des ajustements. Par exemple on décide de refaire l’éclairage. Cela ne coûte pas beaucoup et c’est facile à faire. Mais il y a d’autres choses qui sont beaucoup moins abordables et donc, il faut avoir l’argent économisé dans la rénovation de l’éclairage qui aide à financer les autres choses. Pour une commune, vu que ses bâtiments sont assez petits, on mutualise cet ensemble de bâtiments.
Mais est-ce que ça ne coûte pas moins cher pour les communes de construire un nouveau bâtiment plutôt que de rénover un ancien? Cela parle davantage au public de dire qu’on a un nouvel immeuble classe A…
SCHMIT Ça dépend des bâtiments. Ceux d’avant 1950 n’ont normalement pas de ponts thermiques et sont généralement de bonnes constructions. L’isolation peut être mauvaise mais on peut y remédier pas forcément avec une isolation extérieure mais par exemple en augmentant la température des murs. Mais il y a des bâtiments qu’on ne peut pas récupérer. Les plus mauvais sont ceux qui datent des années 1970 aux années 1990. Ce sont pour la plupart des structures en béton avec des balcons qui sont des moteurs à refroidir.
C’est surprenant de voir que les bâtiments les plus anciens sont en fait les plus faciles à rendre énergétiquement performants…
SCHMIT Oui, il n’y a rien de mieux pour faire une bonne marmelade qu’un pot de cuivre (rires). Pour la petite histoire, le cabinet d’architectes Baumschlager-Erbele est connu au Luxembourg pour avoir conçu la Maison du Savoir à Belval. Mais en Autriche, il a construit un immeuble de bureaux sur sept étages où il n’y a ni chauffage, ni refroidissement, ni système de ventilation.
Cela fonctionne depuis deux ans maintenant. Et si vous regardez, ça s’est fait en se basant sur ce qui existait il y a 100 ans: les murs font 75 cm d’épaisseur, il y a beaucoup de masses à l’intérieur et les locaux sont très hauts. Avec le matériel informatique et l’éclairage, cela génère des chaleurs en hiver.
Le problème aujourd’hui est qu’un bâtiment comme celui-là n’est pas au premier abord autorisable car il ne répond pas à tous les critères du passeport énergétique.
À vous entendre, il y a un problème au niveau des critères du passeport énergétique?
SCHMIT Le passeport énergétique est en soi une très bonne chose. Mais la flexibilité dans l’utilisation fait un peu défaut. Il donne une comparaison aux gens mais ce n’est pas une bible.
Un bâtiment classé C ne consomme pas forcément plus qu’un bâtiment A. Ce n’est pas un label de consommation mais d’isolation et de la qualité technique qu’on y retrouve. Le passeport énergétique n’est pas critiquable, mais l’usage qu’on en a l’est. L’idée par exemple d’avoir une classe A pour réussir à vendre ne tient pas la route.
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