LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le «Luxembourg Green Exchange» a officiellement été lancé hier

Des cravates des dirigeants à la devanture de l’édifice: la Bourse de Luxembourg s’est parée de vert pour la 34ème édition de la Journée de la Bourse. Elle a été l’occasion pour l’institution de lancer officiellement la première plate-forme dédiée exclusivement aux instruments financiers verts. Ce «Luxembourg Green Exchange» ou LGX compte déjà 114 obligations vertes cotées pour un montant de plus de 45 milliards de dollars.

Outre la dimension exclusivement centrée sur les investissements verts, le LGX se distingue avec des critères stricts pour l’admission à la cotation. Ainsi, l’émetteur est tenu d’indiquer clairement la nature verte de la valeur mobilière. Ensuite, les fonds levés doivent exclusivement être utilisés pour des projets 100% verts. Enfin, l’émetteur s’engage à fournir deux rapports: une analyse externe «ex-ante» réalisée par un tiers indépendant; et un reporting «ex-post» chaque année.

Il s’agit, selon la Bourse de Luxembourg, d’«une exigence sans précédent sur les marchés des capitaux mondiaux». «Tout ceci correspond aux meilleures pratiques du marché», assure Julie Becker, membre du comité de direction et en charge de la cotation mobilière internationale.

Régulation accrue

A l’heure actuelle, les critères de la finance verte sont respectés sur base volontaire des émetteurs. Il existe donc, pour les investisseurs, une sorte d’insécurité quant au respect des engagements annoncés. En mettant tout ce cadre en vigueur, conjugué à la constitution ultérieure d’un «green advisory board» complété par un expert indépendant, la Bourse de Luxembourg entend réguler le segment et offrir une certaine garantie aux investisseurs. En outre, certains titres sont interdits d’accès à la LGX, comme ceux repris sur la liste des catégories comprenant la production d’énergie nucléaire, le commerce d’espèces animales menacées (CITES), l’expérimentation animale sur les produits cosmétiques et non médicaux, les tests médicaux sur les espèces en voie de disparition et les combustibles fossiles.

La finance verte déjà bien ancréeà la Bourse de Luxembourg

Selon l’Agence Internationale de l’Energie, 1.000 milliards de dollars seront nécessaires chaque année jusqu’en 2050 pour financer la transition énergétique. «En tant que leader de la cotation d’obligations vertes, la Bourse de Luxembourg peut jouer un rôle vital dans le devenir de la finance verte», souligne le président du comité de direction de la Bourse de Luxembourg, Robert Scharfe. L’institution est en effet devenue la première Bourse au monde à créer une obligation verte, en 2007. Depuis lors, ce marché de niche a cru et la 100ème cotation d’une obligation verte a même été atteinte au début de l’année. Actuellement, les obligations vertes se font dans 19 devises différentes à la Bourse de Luxembourg qui recense 25 émetteurs internationaux.

«Climate Bond Initiative» estime à 100 milliards de dollars le volume d’émission d’obligations vertes pour 2016, soit plus du double après une année record en 2015 marquée par plus de 42 milliards de dollars en nouvelles émissions. Il faut dire que la conférence COP21 l’an dernier à Paris a débouché sur un accord visant à contenir le réchauffement climatique et pour y parvenir, de gros investissements s’imposent pour les Etats signataires. La dynamique n’est pas prête de s’essouffler puisqu’en novembre, la COP22 de Marrakech se concentrera sur la mise en application de l’Accord de Paris.

Selon Robert Scharfe, «le nombre d’émetteurs n’augmentera peut-être pas mais le volume des émissions va augmenter». La plupart des émetteurs d’obligations vertes sont des banques nationales et des banques multilatérales de développement. Les émetteurs de type banques commerciales ou les entreprises sont encore peu nombreux à franchir le pas, vu les coûts supplémentaires engendrés en termes de communication règlementaire. Mais le président du comité de direction de la Bourse de Luxembourg l’assure, «une obligation verte ne coûte pas plus cher à coter qu’une obligation régulière à la Bourse de Luxembourg». L’intéressé souhaite également étendre la palette des produits disponibles sur le LGX. Des emprunts ou des dérivés axés sur les investissements climatiques pourraient rejoindre les obligations vertes.


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