LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le gouvernement tente d’inciter à un leasing propre avec des mesures fiscales

Du côté du ministère de la Mobilité, la réforme fiscale de 2017 a mis au pas le secteur en donnant l’avantage aux voitures qui polluent moins, pour les contrats à partir du 1er janvier 2017. Entre 2017 et 2018, la flotte de voitures électrique a doublé au sein du parc automobile luxembourgeois, leasing ou propriété privée, une grande avancée même si l’on part quasi de zéro explique Gilles Caspar du ministère: «Nous sommes sur une tendance très positive pour les véhicules hybrides et électriques, la flotte a doublé, les ventes ont triplé, ces véhicules représentent seulement 2% des ventes globales, mais la tendance est là, même pour les véhicules de particuliers qui suivent cette tendance. D’autant que la réforme fiscale encourage à se doter de ces voitures».

Cette réforme  a en effet changé la donne. Désormais, l’avantage en nature que représente un véhicule en leasing, est échelonné en fonction des émissions de la voiture. Une sorte de pollueur-payeur, ou plutôt une incitation à opter pour des modèles moins gourmands en énergie, voire franchir le pas d’opter pour une voiture électrique. Le vélo est lui non imposable, une option pour les urbains avec certains modèles de vélos électriques qui peuvent séduire. Le Luxembourg fait beaucoup d’efforts pour installer des bornes de recharges dans tout le pays, à terme le Grand-Duché devrait être exemplaire en la matière. Mais c’est sans compter le fait que les voitures de société sont souvent proposées à des employés frontaliers, qui n’ont pas forcément la possibilité de recharger leur voiture chez eux, ou sur leur lieu de travail, et ces derniers qui roulent de longues distances peuvent être rebutés par la faible autonomie des véhicules électriques.

Pour le moment les entreprises ne se sont pas encore tout à fait adaptées à ces nouvelles mesures, la plupart des contrats de leasing et des «company policy» en la matière datent d’avant 2017. Et puis il va surtout être difficile de changer les mentalités: «La voiture c’est une marque sociale, des jeunes frontaliers qui se retrouvent avec des grosses voitures, pour eux c’est gratifiant, alors que finalement leur salaire n’est pas élevé. Difficile de se raisonner quand son employeur ne propose pas d’alternatives et que la carte essence donne l’impression que se déplacer ne coute rien, cela n’incite pas à faire des économies», explique un employé d’une grande société de la place.

Il est en effet difficile de lutter contre l’hégémonie de la voiture. Pour beaucoup d’entreprises, la voiture est un avantage à nature proposé aux employés… sinon rien. Comment dans ce cas inciter les professionnels à prendre les transports en commun si on leur fournit une voiture? «La part modale est en augmentation, les transports publics seront gratuits en 2020, mais la voiture à usage privée sera toujours là, nous en sommes conscients», admet Gilles Caspar.

Le problème c’est que pour le moment, les entreprises qui veulent proposer des avantages en nature fiscalement avantageux  pour les deux partis n’ont pas d’alternative. «Le programme gouvernemental prévoit un budget pour la mobilité, pour proposer en effet une alternative à la voiture de fonction, mais dans le détail rien n’a encore été dévoilé», explique le fonctionnaire.

Surtout que pour les sociétés de leasing avec des flottes importantes, ces dernières doivent se retrouver au moment de la revente des véhicules sur le marché de l’occasion. Et pour le moment, la cote des voitures hybrides et électriques est basse à la revente: «Les prix résiduels des modèles électriques sont bas, mais ils sont en train de remonter. Avec un intérêt croissant pour ces modèles, le marché de l’occasion va finir par suivre, la tendance est là», estime Gilles Caspar.