LUXEMBOURG
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Caroline Klensch prépare un thèse de doctorat sur «Le Magicien d’Oz»

La jeune luxembourgeoise Caroline Klensch est professeur de français à l’Ecole de Commerce et de Gestion (ECG) et à l’ Athénée de Luxembourg. Actuellement, elle est en train de travailler sur sa thèse de doctorat sur le «Magicien d’Oz» à l’Université de Lorraine, ceci sous la direction du professeur Christian Chelebourg.

Madame Klensch, vous travaillez sur votre thèse de doctorat sur «Le magicien d’Oz» . Pourquoi avez-vous choisi ce conte ?

Caroline Klensch En fait, le choix de ce conte a ses origines dans mon enfance. Quand j‘étais petite, ma mère avait l’habitude de me chanter une berceuse précise quand je n’arrivais pas à dormir :« Somewhere over the rainbow» , la chanson-phare du film «The Wizard of Oz» (1939) interprétée par l’inoubliable Judy Garland. Cette berceuse et le visionnage du film, un grand classique diffusé sur de nombreuses chaînes aux alentours de Noël, m’ont ainsi en quelque sorte toujours accompagnés.

J’ai redécouvert le conte de Lyman Frank Baum plus tard, à l’université, grâce à des cours sur la littérature de l’imaginaire et de jeunesse, assurés par le professeur Christian Chelebourg à l’Université de Lorraine. Grâce au nouvel angle d’approche, j‘étais véritablement fascinée par la profondeur et l’actualité intarissable des récits de mon enfance.

En effet, mon cursus est assez inhabituel car je fais un travail littéraire scientifique français sur des œuvres qui, dans la plupart des cas, sont américaines. Mais notamment dans le domaine de la littérature de l’imaginaire, cette approche comparatiste me paraît essentielle car il ne faut de nos jours plus négliger l’aspect mondial de la propagation de ces histoires. Se limiter à un seul pays serait à mes yeux une approche trop restreinte ne permettant pas de saisir la complexité et l’universalité des contes qui s’adressent justement à tout le monde.

Pour mon mémoire de Master, j’ai donc travaillé sur les réécritures modernes de contes traditionnels, et „Le Magicien d’Oz“ faisait partie de mon corpus, aux côtés de Blanche-Neige et de Cendrillon. Enfin, ce conte américain, beaucoup moins connu chez nous que les deux autres, me paraissait déjà à l’époque plus complexe et, en ajoutant ma passion grandissante pour cette histoire précise et ses personnages ambivalents et souvent ambigus, je me concentre depuis sur les origines et notamment le devenir du „Magicien d’Oz“, se revendiquant en tant que premier conte moderne.

Passons aux contes de fées et fables: quelles sont, ici en Europe occidentale les œuvres les plus répandues?

Klensch En ce qui concerne les fables, celles de Jean de la Fontaine sont évidemment les plus connues. Qui d’entre nous n’a pas, à un moment de sa carrière scolaire, dû apprendre par cœur la fable du corbeau et du renard ? Quel enfant ne connaît pas les aventures du loup et du renard «De Wëllefchen an de Fiischen» d’Edmond de la Fontaine? En même temps, il faut être conscient que les fables de Jean de la Fontaine sont des réécritures des fables d‘Ésope, de Phèdre et d’Horace, pour ne citer que les poètes les plus connus de l’Antiquité. D’autre part, «de Wëllefchen an de Fiischen », issu de la plume de Dicks, est en fait inspiré du Roman de Renart, un ensemble de récits recueillis en branches et écrits par différents poètes médiévaux, le premier extrait datant du début du XIIe siècle. À l’image de notre propre interculturalité, nous retrouvons, dans le domaine des contes, également deux branches majeures, l’une francophone, l’autre germanophone. Sur le soi-disant vieux continent les contes de Charles Perrault et ceux des frères Grimm sont les incontournables. Même si l’essence de ces histoires reste la même, il est cependant intéressant de considérer les variations et différences entre les deux interprétations de ces narrations issues d’une tradition orale. Et puis, il ne faut jamais oublier que les contes étaient tout d’abord destinés à un public adulte !

La plupart de ces œuvres datent d’antan et elles ne sont guère lues par les lecteurs jeunes. Quels sont les moyens auxquels on peut recourir pour éveiller l’intérêt des jeunes pour ces œuvres?

Klensch Comme ces œuvres étaient à l’origine destinées à un lectorat adulte, le style en est souvent très poétique et métaphorique ce qui rend la compréhension et l’appréciation assez difficile pour un jeune lecteur. De même, avec l’évolution des technologies, les jeunes ont de nos jours malheureusement de moins en moins recours aux livres. Et nous pouvons en effet constater que les œuvres de référence en matière de contes ne sont plus les classiques de Perrault et des frères Grimm, mais les adaptations et interprétations des productions Walt Disney. Afin d’éveiller l’intérêt des jeunes pour ces œuvres, il faut donc se baser sur ces réécritures qui leur sont familières. En utilisant cette base en tant que point d’accroche, nous pouvons par la suite remonter aux sources et origines comme si nous faisions une chasse au trésor. Il faut percevoir le conte en tant qu’histoire se pliant à la réécriture et la réappropriation. Son caractère anthropomorphe est lié à la mutation et la réinvention qui permettent de le remettre au goût du temps et d’en faire un récit atemporel et de ce fait toujours vrai.