LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Luxflag se penche sur la relation entre le genre et investissement

Si l’argent n’a pas d’odeur, a-t-il un genre? Luxflag organisait vendredi dernier un webinar sur la thématique du «L’optique de genre - un critère important mais souvent oublié à couvrir lors d’un investissement durable». Si l’égalité de genre fait partie des objectifs des Nations Unies, doit-on prendre en compte ce critère dans le monde de l’investissement? Pour Sachin Vankalas, general manger de Luxflag, la réponse est oui. On parle alors de «gender investing», un processus qui permet de se concentrer sur les opportunités pour les femmes. Si l’idée est de fermer le fameux «gender gap», les différences de revenus qui persistent entre hommes et femmes, le potentiel des femmes a longtemps été sous-exploité. 
Pour Petra Besson Fencikova, asset manager chez Société Générale Private Wealth Management, ces dernières seraient de bien meilleures gestionnaires et présenteraient de bons investiments: «Les femmes sont à 75% celles qui prennent les décisions d’achat des ménages, ce qui représente près de 28 trillion de dollars, si les femmes luttaient contre leurs préjugés inconscients, le PIB pourrait augmenter drastiquement d’ici à 2025».  
Pour l’asset manager, il n’est pas seulement question de donner plus d’investissements aux femmes, mais aussi de développer plus de produits qui leurs sont dédié: «La diversité de genre, ce n’est pas seulement des plateformes avec plus de femmes, mais aussi des produits qui sont plus orientés vers les femmes. Ces dernières voient les choses d’une façon différente. Et pour l’instant c’est mal parti si l’on considère par exemple que l’intelligence artificielle reconnait mieux les voix masculines, cela changera si les femmes sont plus nombreuses à être prises en compte».
Au Luxembourg, la différence de salaire entre hommes et femmes est assez «faible», seulement 5,4%, ce qui est un bon score par rapport aux pays voisins. Oui mais voilà, so l’on y ajoute le patrimoine et les autres revenus, la différence se creuse nettement, le «gender earning gap» atteint là 32,5%. Les femmes ne sont présentes qu’à hauteur de 30% dans les conseils d’administration, 14% dans les comités d’investissement: «Il y a beaucoup à gagner à fermer le gender gap», explique Tania Colantone, Social Development Specialist à la BEI. Pour cette dernière, le financement par genre pourrait créer plus de 10,5 millions d’emplois d’ici à 2050.

Rentable

Les chiffres sont implacables. Dans le monde de la microfinance, investir dans les femmes est plus que rentable: «Nous sommes à 64% de femmes microentrepreneurs, alors que nous étions auparavant à 79%. Pourquoi? Parce qu‘elles ont tellement grandi qu’elles sont sorties des critères de microentrepeneur», explique Apricot Wilson, Deputy CEO & Head of Impact au Luxembourg Microfinance and Development Fund (LMDF). Cette dernière prend l’exemple de Bimas, un institut de micro-crédit au Kenya: «Les femmes avaient l’habitude d’être laissées seules au village après que les maris soient partis travailler à la ville. Elles ont donc non seulement le rôle de subvenir financièrement à la famille, mais aussi de prendre toutes les décisions concernant le ménage. C’est un gros potentiel qui avait été négligé jusque-là».  
Il y aussi de gros efforts à faire au niveau académique, rappelle Diane Perret, Assistant Professor à l’Université de Luxembourg: «Dans le monde de la finance académique, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que j’étais bien souvent la seule femme. Il y a aussi un travail à faire pour soulever le problème et augmenter le nombre de femmes sans les universités. Avec plus de femmes professeurs en tant que modèle, la finance ne sera plus que faire de l’argent pour soi-même, mais aussi avoir un rôle dans l’économie, faire en sorte que l’argent serve à quelque chose».  
Les préjugés démarrent tôt. Une étude de Brock and de Haas datant de 2020 montre que pour 30% des demandes de prêt professionnel de femmes, on leur demande un garant, ce n’est pas le cas pour les hommes. Même chose pour les conseils financiers, en 2020 les conseillers financiers ont plus tendance à recommander des investissements plus coûteux aux femmes qu’aux hommes. «Alors que pourtant investir dans les femmes est plus rentable», estime Diane Perret. •