STAN BRABANT

Amnesty International Luxembourg alerte sur les conséquences des discours de rejet des «autres» qui dominent en Europe, aux États-Unis et ailleurs, alimentant un recul mondial des droits humains et se traduisant par une réponse dangereusement faible de la communauté internationale face aux atrocités commises entre autres contre des prisonniers d’opinion.

«En ce qui concerne les prisonniers d’opinion, la situation la plus grave est probablement celle que nous observons en Syrie. Le gouvernement syrien y a en effet mis en œuvre une véritable politique d’extermination des opposants. D’autres pays comme la Corée du Nord, l’Ouzbékistan ou le Turkménistan ont des pratiques similaires, ainsi qu’au Burundi, où la situation des droits humains est de plus en plus effroyable. Pour nous il est extrêmement inquiétant de constater que des personnes, qui agissent de manière pacifique pour défendre les droits humains, sont de plus en plus persécutées par un nombre croissant de gouvernements. Ces gouvernements, comme l’Égypte depuis le Printemps Arabe par exemple, font tout pour fermer l’espace démocratique. En conséquence, les défenseurs des droits humains se trouvent de plus en plus asphyxiés. Cette situation doit amener le gouvernement luxembourgeois à être plus actif. Car si le Luxembourg n’hésite plus à faire partie de ces pays qui défendent les droits humains sur le plan international, il est essentiel que les diplomates et les ministres luxembourgeois posent davantage de questions sur le sort des prisonniers d’opinion lors de leurs rencontres avec leurs homologues bahreïnis, saoudiens ou chinois par exemple. Ce faisant, le Luxembourg peut réellement sauver des vies.

Pour soutenir les prisonniers d’opinion, plusieurs groupes de bénévoles d’Amnesty International Luxembourg organisent régulièrement des séances d’écritures de lettres pour demander leur libération. Amnesty collecte aussi des signatures par sms, le grand avantage de ce système étant de pouvoir réagir très vite et de collecter un grand nombre de soutiens en quelques heures, permettant ainsi de sauver des vies. On sait en effet que les dictateurs n’aiment pas qu’on parle des violations qu’ils commettent. Nous savons aussi que nos rapports sont lus minutieusement par ces gouvernements et que leurs ambassades lisent la presse occidentale. C’est ainsi que certains de nos textes et de nos photos se retrouvent sur les pages web de certaines dictatures, souvent détournés à des fins de propagande. Par contre, quand nous avons publié notre rapport annuel le mois dernier, nous avons eu plusieurs bonnes nouvelles : Ildar Dadin par exemple, un jeune homme qui avait manifesté contre la réélection de Poutine en 2012 et avait été emprisonné, a été relâché le jour de la sortie de notre rapport annuel. Nous sommes là pour déranger ces gouvernements et, surtout, pour défendre les personnes qui sont emprisonnées et poursuivies pour avoir exprimé leur opinion.

L’espace démocratique se restreint dans des pays comme la Turquie, la Pologne, la Hongrie, voire même en France ou au Royaume-Uni où la campagne pour le Brexit a provoqué l’assassinat de la députée britannique Jo Cox. Nous voyons aussi des trolls répandre un discours de haine sur le net, en particulier contre les réfugiés ou les personnes LGBTI. Cette diabolisation de l’autre et cette fermeture de l’espace démocratique sont extrêmement préoccupantes.»