LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

KBL Luxembourg prévoit une année 2019 teintée de volatilité,avec une nette tendance à l’investissement durable

Ralentissement économique mondial, pression de la dette sur les marchés obligataires, des actionnaires plus axés sur le durable, KBL Luxembourg a donné hier ses prévisions pour 2019.

Avec une croissance économique mondiale à 4,5% en moyenne en 2018, la KBL Luxembourg prévoit une moyenne de 3,7% pour cette année, soit un ralentissement notable, avec la particularité que ce sont surtout les pays développés qui vont subir ce ralentissement, plutôt 1,5%, surtout aux Etats-Unis. «La politique de Monsieur Trump pourrait bien se retourner contre lui», prévient Jean-François Jacquet, «Chief Investment Officer» au sein de la banque privée. «Ce sont deux années de blocage politique qui s’annoncent, le “shutdown” est juste un avant-goût pour Trump».

Les analystes misent sur une année 2019 plus stable politiquement que la précédente. Sans élections majeures, avec un Brexit qui devrait trouver une issue, le monde politique est a priori à l’abri d’une crise conséquente.

Du côté des marchés obligataires, alors que la Fed a enclenché une hausse des taux, la BCE a quant à elle mis le frein. Une situation qui met une pression haussière en 2019, ce qui est négatif pour le marché obligataire, estime Ilario Attasi, «Head of group research» chez KBL Luxembourg. «Entre 2003 et 2018, l’endettement des pays a explosé. Il représente aujourd’hui 320% du PIB mondial. 2019 sera donc compliqué pour les marchés obligataires», ajoute-t-il.

La valeur sûre:l’immobilier

Face à la volatilité annoncée, les investisseurs pourraient se tourner vers une valeur sûre: l’immobilier. Mais pour se débarrasser de tous les inconvénients que représentent un investissement, notamment en terme de temps, la KBL Luxembourg conseille d’investir dans l’«immobilier de papier», soit des fonds dédiés à l’immobilier: «Les fonds dédiés à l’immobilier représentaient en 2017 1,3 milliard d’euros. Et il a beaucoup d’avantages. Un accès facilité au monde entier, une mise de départ faible, une diversification de son portefeuille, des liquidités qui se traitent comme des actions, ce qui est bien plus rapide que les transactions immobilières, en clair c’est une machine à dividende», explique Ilario Attasi.

Mais la grande nouvelle, c’est que la génération des «Millennials» (nés après 1980) dépasse maintenant les «Baby Boomers». Alors que ces derniers avaient une vision plus consumériste et de gain à court terme, les «millenials» demandent des investissements durables. Et cela tombe bien, car ce type d’investissement est payant sur le long terme: «Cela évite les risques», estime Stefan Van Geyt, «Group Chief Investment Officer». «L’investissement dit responsable c’est voir plus loin que juste l’intérêt des actionnaires, l’investissement dit durable est associé à des valeurs. Notre vision pour 2019 est d’aller vers les investissements responsables, mettre en avant les bons élèves sans forcément axer sur l’exclusion, mais aussi de proposer quelques offres durables».

Le secteur porteur du bien-être

Cette nouvelle génération, plus responsable, dope également le secteur du bien-être. Avec près du tiers de sa population jugée obèse, les Etats-Unis ont entrepris une guerre contre le surpoids. Et les entreprises du secteur sont en pleine expansion. Exemple frappant, l’acquisition en 2017 par Amazon de la chaîne américaine de supermarchés bio Whole Foods. Un investissement plus que conséquent du géant du web qui compte bien avoir sa part du gâteau sur ce secteur porteur du bien-être.

Si les «Millennials» se préoccupent de leur santé et de l’environnement, ils ont également conscience que leurs données personnelles sont un marché très juteux. «La Chine devrait se doter d’ici 2020 d’assez de caméras de surveillance pour quadriller le territoire, une caméra pour deux habitants. Avec l’amélioration des techniques de biométrie, il sera désormais possible de reconnaître une personne à 50 mètres, même de dos ou se couvrant le visage. On peut se rassurer en se disant que c’est en Chine et que nous sommes protégés, mais le modèle de score social appliqué en Chine ne sera peut-être bientôt pas que lointain», estime Stefan Van Geyt.