LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La finance durable devient incontournable pour les investisseurs, et le secteur doit s’adapter à cette nouvelle demande

La finance durable (ou tout le secteur ESG - Environnement, social et gouvernance) est devenue un sujet incontournable dans le monde des fonds d’investissement. C’est devenu un sujet incontournable pour tous les acteurs, des investisseurs aux gestionnaires d’actifs qui se sont adaptés à cette nouvelle donne. Mais s’agit t-il d’une nouvelle tendance qui va s’inscrire dans la durée? Fidelity International organisait jeudi une conférence sur la thématique, en particulier sur ce qui change au niveau de la gestion d’actifs. Il faut dire que Luxembourg a voulu se positionner sur le secteur, avec l’ouverture en 2016 du «Luxembourg green exchange»(LGX) qui est un indice de la Bourse de Luxembourg dédié aux produits de finance durable, et qui a depuis lors gagné en importance.

Le LGX liste en son sein la moitié des obligations vertes du monde, c’est dire le dynamisme d’un secteur qui reste encore relativement récent dans sa forme actuelle. Pour Jane Wilkinson, «Head of sustainable finance» à la Bourse de Luxembourg, le marché est conduit par la législation: «Si l’on regarde les chiffres, en 2007 tout était question de croissance et profits, en 2018 il est question de changement climatique et d’événements météorologique extrême que l’on peut plus ignorer». Un directeur du gestionnaire de fonds présent lors de l’événement approuve: «Tant que les investisseurs n’étaient pas demandeurs, il était difficile de leur proposer du durable s’ils n’en voulaient pas. Mais la donne a changé et ils s’occupent maintenant de ce qui est durable et crée de l’impact, ce qui est positif pour tout le monde».

Une «goutte d’eau» d’obligations vertes

Avec 640 trillions de dollars d’actifs dans le monde, les obligations vertes ne représentent que 895 milliards de dollars, soit «une goutte d’eau» d’après les chiffres avancés par Jane Wilkinson. Mais la tendance est réelle car les investisseurs ont vraiment le durable en ligne de mire. Mario Mantrisi, directeur général de Luxflag, cite une étude où 48,8% des investisseurs ont déclaré que le changement climatique était leur plus grande préoccupation.

Pour ce dernier, le futur de la finance est durable: «Il a fallu convaincre les investisseurs que ça marche, qu’il n’y a pas de corrélation négative entre l’ESG et le rendement des fonds. La tendance est clairement à l’investissement dit d’impact, qui va plus loin que l’ESG classique».

Si nous n’y sommes pas encore, Mario Mantrisi estime que la prochaine tendance sera les rapports d’impact, «ce sera clé», explique-t-il.

Pour l’orateur, la régulation va amener plus d’argent dans cette industrie, alors même que la règlementation européenne en matière de finance durable n’en est qu’à ses balbutiements: «Nous en sommes à un stade très précoce. Il y a en tout cas de réelles opportunités pour les investisseurs de détail pour les produits durables».

Jane Wilkinson est revenue sur le plan d’action de l’Union européenne pour 2022 pour développer la finance durable: «Labelliser va devenir très important, c’est l’un des projets de l’UE pour les produits de détail notamment. Mais il faudra encore beaucoup d’analyses pour confirmer qu’il s’agit d’une option valide avec moins de risques que les produits classiques».

Aela Cozic, analyste ESG chez Fidelity International confirme que la labellisation va éviter le «green washing» de certaines entreprises: «Nous avons intégré l’ESG pour les analystes de manière obligatoire. Nous devons trouver des preuves, risques et opportunités liés à l’ESG. Pour nous, exclure des organisations doit être la dernière mesure. Nous préférons encourager les entreprises à faire plus d’ESG. Mais il faut pour cela communiquer ses attentes et mettre en place des objectifs à atteindre».