LUXEMBOURG
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Dominique Matera, le directeur de l’Institut national pour le développement de la formation professionnelle continue, nous dresse un état des lieux de la FPC au Luxembourg

LuxembOurg  Voici quinze ans que Dominique Matera est directeur de l’Institut national pour le développement de la formation professionnelle continue, qu’il a rejoint en qualité de chef de projet en 1996. Avec lui, nous avons jeté un regard rétrospectif sur l’évolution quantitative et qualitative des demandes de cofinancement public des plans de formation des entreprises, ce qui constitue un excellent indicateur pour apprécier l’importance que les entreprises accordent à la formation professionnelle continue. D’ailleurs, une étude à paraître dresse un bilan de cette évolution sur la période 2007-2017.

Le pari de la loi de 1999 a été gagné

«L’engouement des entreprises pour la formation continue s’est accentué au fil du temps.  En dix ans, le nombre de demandes a été multiplié par trois», indique Dominique Matera, «on peut donc clairement dire que le pari de la loi de 1999 est gagné».

Aujourd’hui, neuf entreprises sur dix de 250 salariés et plus sollicitent l’aide financière de l’Etat à la formation. Elles sont sept sur dix parmi celles dont la taille est comprise entre 50 à 249 salariés. Cependant, le taux de participation chute à deux sur dix auprès des entreprises de 10 à 49 salariés et à moins de une sur dix parmi celles de moins de 10 salariés, et ce, malgré une augmentation constante du nombre de demandes de cofinancement et l’action incitative des instances étatiques en faveur du développement de la formation au sein de ces petites structures.

L’étude montre également des différences suivant les secteurs d’activité, en particulier dans les entreprises de 10 salariés et plus. Dans les services financiers, par exemple, le nombre d’entreprises déposant une demande de cofinancement est passé  de quatre à sept sur dix. Selon Dominique Matera, la demande a doublé dans les secteurs de l’industrie et du commerce. «Le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques est, par essence, un secteur innovant qui investit largement dans la formation», explique le directeur de l’INFPC, qui note en outre une augmentation de l’accès à la formation à travers la hausse du nombre de salariés concernés par les plans de formation cofinancés par l’Etat. En 2007, l’aide financière publique touchait 44% de l’effectif global de l’économie privée et a atteint 56% en 2017. Dans l’industrie, les services financiers et les activités spécialisées, scientifiques et techniques près des trois quarts des salariés sont aujourd’hui concernés par l’aide de l’Etat à la formation. Ils sont cinq sur dix dans la construction et six sur dix dans le transport et l’entreposage.

«Ces chiffres montrent clairement que la formation continue fait définitivement partie intégrante des stratégies entrepreneuriales», avant de passer à une analyse plus fine des pratiques de formation des entreprises.

Déploiement massif d’instruments digitaux

Il s’avère ainsi que les formations sont de plus en plus courtes, la durée moyenne d’une formation par salarié ayant chuté de 8,9 à 5 heures entre 2007 et 2017. Les formations sont désormais mieux ciblées et la recherche de retour sur investissement lié à l’action de formation devient un objectif primordial. Si davantage de salariés accèdent à la formation, «il y a quand même un bémol: les collaborateurs les moins qualifiés  profitent comparativement de moins de formations, alors que ce sont eux qui en auraient le plus besoin», souligne Dominique Matera que nous avons aussi interrogé sur son sentiment à propos de l’impact de la crise du Covid-19 sur les investissements en formation des entreprises.  

Des priorités en pleine révolution

«Ces derniers mois ont été marqués par une chute de l’activité dans de nombreux secteurs, mais les plans de formation n’ont pas été annihilés pour autant», pointe Dominique Matera, en attirant cependant l’attention sur le fait qu’il est encore un peu tôt pour connaître l’envergure complète des dégâts économiques occasionnés par la pandémie. Si l’enjeu crucial de la formation continue comme facteur de compétivité et d’innovation n’est plus à démontrer, les priorités de formation et les modalités de mise en oeuvre sont d’ores et déjà en pleine révolution, dictée notamment par un contexte professionnel marqué par le déploiement massif d’instruments digitaux et  l’essor du télétravail. «Nous notons une forte mobilisation des entreprises, mais aussi des organismes de formation pour s’adapter à la nouvelle donne», relève  Dominique Matera, qui observe dans la situation actuelle une offre plus étoffée de formations en e-learning et blended learning sur le portail lifelong-learning.lu.  Le nombre d’organismes de formation qui rejoignent cette plate-forme exploitée par l’INFPC est d’ailleurs en progression et s’établit à l’heure actuelle à quelque 280. Et la fréquentation du site ne baisse pas, avec quelque 314.000 visites au premier semestre 2020, à peu près au même niveau que l’an dernier sur la même période.

Plus d’informations: www.lifelong-learning.lu